Syndicalisme : gestion du personnel vs algorithmes

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« Toute collecte de données ou surveillance de la main-d’œuvre doit avoir un objectif clairement justifiable », affirme Uni Global Union. Photo : Robert Ghement/Epa/Maxppp
Uni Global Union vient de publier un guide pour défendre les droits et libertés individuelles.

La technique est ce que l’on en fait. Cette conviction, Uni Global Union Cadres, organisation syndicale internationale regroupant quelque 20 millions de travailleurs des services à travers le monde, l’affiche sans complexe. C’est sur cette base qu’elle a décidé, en septembre, de lancer une campagne pour l’ouverture de négociation sur l’utilisation des algorithmes par les services de gestion des ressources humaines en entreprise. Des discussions qui, sur fond d’explosion du télétravail, sont plus nécessaires que jamais, a assuré à cette occasion Christy Hoffman, sa secrétaire générale.

Pour aider ses organisations à défendre leurs mandants, qu’elles interviennent dans le champ du commerce, de la finance, des arts, de l’assurance ou des télécommunications, Uni Global Union Cadres a produit un guide, un mémo proposant une liste des revendications qui pourraient être portées dans les négociations à venir (1).


La Gestion algorithmique, guide pour les syndicats, 26 pages, PDF à télécharger.


On y trouve l’indispensable information, transparence et contrôle par les salariés sur les données collectées et la demande très précise que tous les avantages de la gestion algorithmique soient partagés ; autrement dit, que les gains de productivité, la flexibilité et l’amélioration des connaissances qu’elle assure soient partagés entre les salariés et les entreprises « dans des conditions équitables ». Mais proposition est faite surtout aux représentants du personnel, d’interroger en amont les employeurs sur les raisons de l’implantation de ces nouveaux outils.

Les employeurs doivent réfléchir attentivement à leurs choix, défend Uni Global Union. Ils doivent le faire « pour savoir si et pourquoi ces outils sont réellement nécessaires ». Et « si la réponse est simplement “parce que nous en avons la possibilité”, le projet ne doit pas être poursuivi », conseille sans ambages l’organisation internationale. « Les outils ne doivent jamais être adoptés simplement parce qu’ils sont à la mode ou parce que des concurrents le font […]. Toute collecte de données ou surveillance de la main-d’œuvre doit avoir un objectif clairement justifiable », précise-t-elle en mentionnant encore ceci, comme pour s’assurer de la chose : s’ils doivent s’imposer, les algorithmes retenus « doivent être régulièrement vérifiés par des tiers indépendants, choisis conjointement par les employeurs et les syndicats ». Plus précisément encore, « les résultats de ces vérifications devraient être mis à la disposition de toute personne concernée par les -décisions algorithmiques ».

Martine Hassoun