Immigration : ces chercheurs qui manquent à l’économie hexagonale

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© Babouse
Les diplômés d’origine étrangère sont source de prospérité, vecteurs d’invention et d’innovation. Le très officiel Conseil d’analyse économique en défend lui-même l’idée.

Rares sont les sujets qui, autant que la question migratoire, se conjuguent si souvent avec populisme et démagogie. Ces temps-ci, ce constat se répète à l’infini. La publication en novembre, par le Conseil d’analyse économique, d’une note sur l’immigration qualifiée, « L’immigration qualifiée : un visa pour la croissance », permet de rappeler quelques vérités. Ce travail ne s’attache pas seulement à préciser les conséquences de l’installation de travailleurs peu qualifiés dans le pays – au pire négligeables, au mieux profitables – sur les salaires des natifs, sur leur niveau d’emploi ou sur le niveau des finances publiques. Sans état d’âme, cette note revient aussi sur ce qu’en France l’immigration apporte à la recherche et à la science. Et c’est bien peu en regard de ce qui pourrait être.

Plus d’un étudiant étranger sur deux quitte la France

Pour s’être limité aux migrations familiales – 43,7 % des motifs d’immigration dans l’Hexagone contre 9 % pour le travail –, le pays s’est beaucoup privé d’étudiants étrangers et d’une main-d’œuvre qualifiée qui lui aurait été bénéfique, défendent ses auteurs, Emmanuelle Auriol et Hillel Rapoport. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, cinq ans après avoir été accueillis dans les universités françaises, plus d’un étudiant sur deux a volé vers d’autres cieux étant donné la complexité des procédures d’obtention de visa. Toujours 6e puissance économique mondiale, la France n’est plus que 19e au classement mondial « compétitivité et talents » de l’Institut européen d’administration des affaires (Insead).

Les conséquences n’en sont pas théoriques. Alors qu’aux États-Unis et au Canada, plus d’un quart des propriétaires de brevets sont d’origine étrangère, en France ils sont moins de 10 % – seule l’Allemagne affiche une telle contre-performance. Sur la période 2000-2010, la contribution de l’immigration à l’accroissement du nombre de scientifiques et de chercheurs n’a été que de 3,5 % en France contre 7 % aux États-Unis et en Suède, 10 % au Royaume-Uni, en Australie et au Canada. En se privant d’une immigration qualifiée, l’Hexagone ne se donne pas toutes les chances en matière d’innovation, insistent Emmanuelle Auriol et Hillel Rapoport.

Les immigrés, source de diversité et de diffusion des savoirs

Le Conseil d’analyse économique aurait pu en rester là. Dans une autre note consacrée aux migrations internationales et à l’innovation, il anticipe la question que certains pourraient opposer à la lecture de ce travail : quel est lien de causalité entre innovation et immigration ? Selon ses auteurs, Francesco Lissoni et Ernest Miguelez, il y en a trois. D’abord, les mouvements migratoires de personnes très qualifiées et d’inventeurs permettent de diffuser les savoirs et les connaissances dans d’autres régions, et participent ainsi aux capacités d’innovation du pays d’accueil. Ensuite, les inventeurs étrangers viennent dynamiser les secteurs innovants et combler les manques de personnel pour faire avancer les travaux. Enfin, l’immigration est une source potentielle de diversité au sein des équipes et des entreprises. « Et cette diversité peut, dans certaines circonstances souvent réunies par les domaines concernés, être propice à développer des innovations. »

Difficile d’en contester les conclusions au vu du fiasco vaccinal français contre le Covid-19. Cette note se conclut par la défense d’un système d’immigration « à points » sur le modèle du Royaume-Uni ou du Canada… mais c’est une autre affaire. Elle a au moins le mérite de bousculer ces poncifs répétés ces temps-ci à satiété sur les bienfaits d’une France fermée à l’autre et au monde.

Les immigrés, tout compte fait

Suivant les pays et les années, la contribution nette des immigrés aux finances publiques se situe dans une fourchette comprise entre + 0,5 % et – 0,5 % du Pib. Les études récentes centrées sur l’Hexagone arrivent aux mêmes conclusions. Cela s’explique par le fait que la population immigrée en France, bien que surreprésentée parmi les chômeurs et les bénéficiaires d’aides sociales, se concentre dans les tranches d’âge actives qui ont en moyenne une contribution nette positive au budget de l’État. Ainsi, pour un âge donné, la contribution nette des immigrés, notamment aux cotisations salariales et aux taxes sur le capital, est toujours inférieure à celle des natifs, mais le fait qu’ils soient en moyenne plus représentés dans les classes d’âge les plus actives (c’est-à-dire ni les très jeunes ni les très vieux) fait plus que contrebalancer l’éventuel surcoût qu’ils représentent pour certaines branches de la protection sociale.

M. H.