Défis environnementaux : engagez-vous !

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Options - Le journal de l'Ugict-CGT
La France a fait l’objet de plusieurs rappels à l’ordre pour avoir pris du retard sur ses engagements climatiques. ©IP3 PRESS/MAXPPP
Aucune inflexion ambitieuse de notre modèle de développement n’a pour l’heure été mise en œuvre pour enrayer le dérèglement climatique. Un autre monde risque de s’imposer brutalement, dans l’urgence. À moins de le construire collectivement.

Il n’y a pas de planète de rechangeDans un monde idéal, la pandémie et la crise climatique nous amèneraient à interroger et à modifier nos modes de vie. Les États utiliseraient les leviers qui leur restent, au nom de l’intérêt général, pour stopper la course au profit, à la surproduction et à la surconsommation, causes directes du saccage de la planète. Ils prendraient des mesures d’ampleur, applicables immédiatement, pour réduire les émissions de gaz à effets de serre (Ges), et s’adapter au réchauffement climatique le temps d’y remédier.

Ils aideraient les pays les plus fragiles, beaucoup moins responsables de la catastrophe en cours, à en faire autant. Reste que toutes les projections scientifiques rassemblées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans ses trois derniers rapports montrent qu’il ne sera pas possible de simplement essayer de s’adapter, serait-ce par l’innovation ou la technologie. La submersion des littoraux et de certaines îles par la montée des eaux, la multiplication de phénomènes climatiques extrêmes – tempêtes et cyclones, fortes chaleurs, sécheresses et incendies qui éliminent toute vie végétale et animale (humaine comprise) –, les menaces sur l’accès à l’eau potable, la sécurité alimentaire, la santé publique  : toutes ces réalités ne sont pas suffisamment prises au sérieux. 

Le Giec prévient ainsi, dans son dernier rapport, en avril, que pour tenir l’objectif de + 1,5 °C maximum en 2100 par rapport au début de l’ère industrielle, il faut que le pic d’émissions de Ges soit enregistré… en 2025. Nous en sommes très loin, la guerre en Ukraine témoignant à quel point, y compris en Europe, nous restons dépendants du gaz, du pétrole et du charbon, tous trois fortement émetteurs de Ges. Ainsi, d’autres producteurs que la Russie prévoient d’intensifier leur production, certains en profitent même pour annoncer des forages supplémentaires, en particulier en mer, y compris dans les zones polaires  ! Quant aux menaces de pénurie de céréales et de famines qui pèsent sur de nombreux pays, elles se traduisent par de nouveaux appels à produire plus, partout, quitte à épuiser les jachères, à intensifier l’usage des engrais chimiques et autres pesticides et à poursuivre la déforestation… Pendant que des millions d’humains meurent de trop (ou mal) manger. 

La transition écologique et énergétique n’en finit pas de se faire attendre

La France ne fait pas figure de modèle. Elle a fait l’objet de plusieurs rappels à l’ordre, de la part de ses propres institutions comme de l’Europe, pour avoir pris du retard sur ses engagements en faveur du climat dans l’accord de Paris de 2015  :  – 40 % d’émissions de gaz à  effets de serre d’ici à 2030 et moins de + 2 degrés en 2100. Par ailleurs, d’après le ministère de l’Environnement, si, de 1995 à 2019, les émissions françaises ont baissé de 25 % sur le territoire, celles générées dans le monde pour notre consommation ont augmenté de 75 %. La loi Climat et résilience votée à la fin de l’été 2021 a, quant à elle, revu à la baisse l’ensemble des mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat.

Comme en témoigne également le Rapport annuel 2021 de l’Autorité environnementale, qui examine les projets d’infrastructures et les plans d’aménagements urbains en cours, dès lors qu’ils sont susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement et la biodiversité, les décisionnaires, en France,  ne prennent nullement en compte des enjeux climatiques et environnementaux. Ils continuent de construire leurs projets comme si les ressources, l’espace, l’eau disponibles et l’environnement n’étaient pas des réalités concrètes.

Comment opérer un tournant décisif sans un Etat et des entreprises convaincus et impliqués, qui impulsent et pilotent une véritable transition écologique à l’échelle du pays ? En se mobilisant. A l’échelle individuelle, des comportements  plus conscients de l’impact de notre mode de vie, des initiatives de groupes ou de collectivités locales, peuvent avoir un impact. Y compris dans les choix de vie professionnelle, comme en ont témoigné il y a quelques semaines des jeunes ingénieurs lors de la remise des diplômes de l’école d’ingénieurs AgroParitech. Ils ont publiquement manifesté leur refus d’intégrer de grandes entreprises qui continuent de mépriser les enjeux climatiques ou font du greenwashing, rappelant l’urgence qu’il y a à changer de logique, tout particulièrement en matière d’agriculture ou d’industrie agro-alimentaire.

Changer de modèles de production et de consommation ? Pas le choix  !

Les salariés aussi essaient d’interroger notre modèle de production, qui est aussi celui dans lequel ils s’investissent par leur travail. Ils y sont même parfois incités par des actions violentes, comme à Soitec ou StMicroelectronics. Penser l’avenir en donnant la priorité à cette variable peut alors être envisagé comme une garantie de pérennité et de développement pour leur activité.

Certes, les outils dont disposent les salariés pour intervenir restent insuffisants. En particulier la possibilité encore limitée pour les CSEd’intervenir sur les questions environnementales, d’élargir les problématiques de RSE (Responsabilité sociale et environnementale) pour éviter la tentation du greenwashing. Désormais, les syndicats intègrent plus souvent les enjeux environnementaux aux revendications pour améliorer l’outil, les conditions, et le sens du travail, avec parfois de premières grandes réussites, comme à La Chapelle Darblay, où le projet de reconversion et de redémarrage de l’usine a été nourri d’une réflexion commune avec des associations de défense de l’environnement.

L’Ugict aussi se mobilise. Le syndicat finalise en particulier un outil, le «  radar environnemental  », qui permettra aux salariés d’évaluer, à partir de leur travail, l’impact environnemental de leur entreprise, et de faire des propositions sur ce qui peut changer dans les process, dans la chaîne de valeur et de production, et même dans le management, pour que nos entreprises soient neutres, voire vertueuses du point de vue social et environnemental. L’outil devrait être disponible avant la fin de l’année. Nous y reviendrons.

Valérie Géraud