Écologie : futur syndical imposé

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Dans les nuits du 3 et 4 avril, les lignes électriques des sites de StMicroelectronics et Soitec sont incendiés. DR
Comment allier préservation de la planète et défense de l’outil de production ? Travaux pratiques dans la Cgt grenobloise.

Lorsque la planète sera morte, il n’y aura plus aucun emploi à protéger. C’est pour cette raison que la Cgt a décidé, en janvier 2020, de s’engager pleinement dans la création du collectif Plus jamais ça. Une structure au sein de laquelle, avec la Fsu, Solidaires, la Confédération paysanne, Attac ou encore Oxfam, elle développe réflexions et actions pour avancer vers une transition écologique et résolument respectueuse des droits des salariés.

Sur deux sites Seveso

Mais parfois l’histoire surgit. Que faire quand le débat sur le climat, de rude, devient violent  ? Plus encore, quand, sous prétexte de défendre la planète, il vise l’outil de production  ? Ces dernières semaines, en Isère, la Cgt n’a pas eu d’autres choix que de s’interroger.

Dans les nuits des 3 et 4 avril 2022, les sites industriels de STMicroelectronics à Crolles et de Soitec à Bernin ont dû mettre momentanément leur production à l’arrêt, après l’incendie des lignes électriques à haute et à moyenne tension les alimentant. Ces deux sites ne sont pas classés Seveso par hasard. La fabrication des semi-conducteurs dont tous les deux sont spécialistes mobilise de nombreux agents chimiques, dont certains résolument toxiques. Et les risques qui en relèvent ne sont pas seulement dangereux pour les salariés employés dans ces deux usines mais aussi pour les populations installées sur les territoires avoisinants. 

Une pratique syndicale ouverte et interprofessionnelle

Dans l’agglomération grenobloise, ces incendies n’ont donc trompé personne. Ils ne sont pas survenus par hasard, mais relèvent d’une infraction délibérée, comme en attestent les tags laissés sur les lieux. Deux jours plus tôt, un action similaire avait été menée dans un centre de transformation électrique tout proche  : celui de Rte, filiale d’Edf…

Depuis fort longtemps, l’écologie concentre l’attention en Isère. Une tradition qui s’alimente de la forte présence d’universités, de centres de recherche et d’entreprises de haute technologie. Mais aussi d’une pratique syndicale résolument ouverte et interprofessionnelle. C’est en connectant toutes les ressources existant sur le territoire que la Cgt-Thalès a pu démontrer l’avenir de sa filière médicale. C’est en agissant de même que l’Ud Cgt-38, résolument investie dans le collectif Plus jamais ça a largement alimenté une campagne dans laquelle elle est fortement investie  : celle contre les «  zones à faibles émissions  » (Zfe) et pour le développement et la gratuité des transports publics dans toute l’agglomération, comme en témoigne Laurent Terrier, responsable syndical Cgt à l’université de Grenoble.

Ne rien céder sur les revendications et le combat pour la transformation sociale

«  Ne rien lâcher, ni sur la défense des revendications des salariés ni sur le combat pour la transformation sociale qui est le nôtre  »  : Fabrice Lallement, ingénieur de recherche et élu Cgt au Cse de l’usine Soitec de Bernin, rappelle le concept qui résume selon lui cette manière de voir : notre «  double besogne  ». Une démarche inscrite dans la Charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme, qui a marqué l’histoire de la Cgt.

Lorsque les incendies sont survenus à Crolles et à Bernin, les syndicats Cgt de STMicroelectronics et de Soitec n’ont pas tergiversé. Si discuter de la «  place des nouvelles technologies dans la société ainsi que des questions écologiques liées à la consommation d’eau ou d’énergie du site est légitime, cela ne peut être réglé par ce type d’action  », a déclaré le premier. «  Faut-il le rappeler, la rupture d’alimentation électrique aurait pu conduire à un accident industriel majeur  », insiste Nadia Salhi, ingénieure recherche et développement, et déléguée syndicale sur le site de Crolles.

Qu’en aurait-été pour les populations avoisinantes, les salariés et l’environnement si les systèmes de sécurité avaient flanché, a demandé la Cgt-Soitec, se souvient Fabrice Lallement. «  Aucune idéologie ne mérite de mettre en danger la vie des travailleurs et c’est pourtant ce qui a été fait  », a-t-il ajouté. L’une comme l’autre de ces deux organisations aurait pu en rester là. Elles ont appelé au débat.

Six propositions pour avancer

Considérant que l’usage à venir des technologies dont use l’industrie des semi-conducteurs n’appartient «  ni aux dirigeants, ni aux salariés, ni aux syndicats des entreprises clés du secteur  », le syndicat Cgt-Soitec a mis six propositions sur la place publique. Premièrement, que soit réalisé au plus vite un audit de sécurité complet sur les sites classés Seveso pour garantir aussi bien «  la sécurité des installations  » que «  celle des travailleurs, des citoyens et de l’environnement  ».

Ensuite, que soit mis en place «  un observatoire ou une convention citoyenne sur les nanotechnologies  » et que soient définies des «  politiques volontaristes avec objectifs chiffrés et contraignants  » pour «  allonger la durée d’usage des équipements numériques à travers la durabilité des produits  ». Enfin, que «  cesse le crédit d’impôt recherche et sa gabegie  ».

Ce que le syndicalisme a à y gagner

Quand on demande à Nadia Salhi, Fabrice Lallement et Laurent Terrier ce que la Cgt a à gagner à une telle approche, tous trois répondent simplement  : donner sens à une certaine conception de la démocratie et «  tenir notre place  »  ; prendre acte des aspirations des salariés, tous les salariés  : les plus jeunes, particulièrement sensibles aux questions écologiques, mais aussi tous les autres qui, face à «  un travail dans lequel ils se retrouvent de moins en moins, sont de plus en plus nombreux à être tentés par la fuite  ».

Lors des dernières élections professionnelles, la Cgt-Soitec a doublé son score dans les 2e et 3e collèges… À Grenoble, le Printemps écologique, tout nouveau syndicat né de la rencontre d’Ong et de salariés inquiets pour le climat et désirant s’investir dans «  l’écologie au travail  », reste pour l’instant parfaitement confidentiel.

Martine Hassoun