Parce que animer n’est pas jouer, l’éducation populaire veut faire respecter ses métiers

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Au moins 3 500 postes sont vacants dans un secteur éprouvé par la réduction des moyens. © Xavier de Torres / MAXPPP
Le gouvernement a promis des mesures rapides et fortes afin d’améliorer les conditions de travail des professionnels de l’animation, mobilisés depuis plus d’un an. Va-t-il répondre à leurs attentes ?

Jamais l’animation et l’éducation populaire n’avaient connu un tel mouvement. Les 14 et 15 décembre derniers, les animateurs, encadrants et directeurs des secteurs public ou privé, représentants des plus grandes associations comme d’autres plus petites, ont cessé le travail pour réclamer la reconnaissance de leurs métiers, leur titularisation ou leur passage en Cdi, ainsi que la revalorisation des salaires et de véritables évolutions de carrière. La Cgt, Sud, la Fsu et la Cnt étaient à l’origine de ce mouvement. Dans un secteur où le taux de syndicalisation est inversement proportionnel au taux de précarité, autrement dit infime : 0,5 %, la réponse a dépassé, et de beaucoup, le réseau militant.

Comme dans la santé ou l’éducation

Au moins 3 500 postes sont vacants dans cette branche d’activité. Un chiffre qui, à lui seul, résume la situation de toute une filière. Comme dans la santé ou l’éducation, les ambitions politiques ici sont indigentes. Et les seules qui ont voix au chapitre imposent la réduction des moyens, entraînant tout un secteur dans une course au moins-disant et provoquant le désengagement des bénévoles comme des usagers sans que rien ne puisse vraiment y mettre un frein, dénonçaient mi-décembre les quatre organisations dans un appel commun intersyndical et interprofessionnel. Leur demande était claire : affirmer une politique de l’enfance et de la jeunesse, reconnaître la vie associative et « ses bénéfices à l’intérêt général » ; revenir à des logiques de service public, « et non se défausser sur des logiques philanthropiques à la mode anglo-saxonne ».

Cela faisait plus de vingt ans que les salariés taisaient leur malaise ; plus de deux décennies qu’ils affrontaient sans broncher la faiblesse de leurs rémunérations, quittant leur emploi chaque fois que leur niveau d’acceptation était dépassé. Pour mémoire, il n’est pas rare que des personnels de l’animation gagnent de 800 à 900 euros par mois dans des conditions horaires qui empêchent toute activité parallèle. Que, dans le secteur privé, une directrice adjointe d’une structure associative puisse ne pas être payée plus de 1 300 euros, témoigne Ghislaine Le Divechen, animatrice et responsable du pôle éducation populaire de la Fédération de l’éducation, de la recherche et de la culture de la Cgt (Ferc-Cgt). C’est du passé.

La précarité n’est pas une fatalité

Au début de l’année 2021, un groupe d’animateurs toulousains a décidé de se battre contre la décision de leur mairie d’accroître de plus de 50 % le nombre de jeunes encadrés par chaque animateur. D’un coup d’un seul, la mobilisation fait un pied de nez au fatalisme de tout un secteur qui semblait condamné à la précarité. En quelques semaines, l’initiative rassemblant des animateurs et, avec eux, des directeurs engagés syndicalement ou pas, fait tache d’huile. D’une région à l’autre, d’autres salariés vont se rencontrer et décider de suivre l’exemple de leurs collègues toulousains pour faire respecter leurs conditions de travail.

Ce n’est pas la promesse de Sarah El Haïry, la secrétaire d’État à la Jeunesse, de lancer des assises de l’animation et de répondre à la mobilisation par le versement d’une aide de 200 euros aux jeunes pour financer une partie du coût de leur formation aux métiers de l’animation qui calmera les choses. Le gouvernement l’a-t-il compris ? Va-t-il, comme il l’a promis au plus fort du mouvement, annoncer dans les jours qui viennent des mesures d’ampleur pour répondre au malaise de ces salariés ? Une chose est sûre : ces jours-ci, syndicats et salariés se préparent à se rappeler à son bon souvenir. Des Debout de l’animation devraient se tenir le mois prochain, dopés, espèrent-ils, par le succès de l’initiative de Toulouse Animation en lutte, lancée le 27 janvier dans la Ville rose, avec le soutien supplémentaire cette fois des organisations Fo, Fidl, Mnl, Unef et Unl.

M. H.