« Pratiques avancées » : toujours plus, toujours moins

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Photo : Thomas Padilla/IP3/Maxppp
Quand « reengineering » rime avec glissements de tâches et alourdissement des charges de travail.

À la satisfaction des soignants, la tentative de création d’une « profession médicale intermédiaire » entre médecin et infirmier pour occuper les déserts médicaux a fait flop à l’Assemblée nationale, lors du débat en cours sur la loi « Amélioration du système de santé par la confiance et la simplification » (sic), le volet non financier du Ségur. Mais les tensions persistent sur la redéfinition de certaines professions du secteur, et se crispent tout particulièrement sur la notion de « pratiques avancées ».

Ainsi, le Sénat avait voté pour la reconnaissance de l’« exercice paramédical avancé » des infirmiers anesthésistes diplômés d’État (Iade), conforme aux normes internationales (Master) et à la réalité de l’exercice clinique et professionnel des Iade, dont ils font preuve depuis le début de la crise sanitaire. Mais le ministre de la Santé a fait pression pour que l’Assemblée supprime les amendements du Sénat. Lui prône, pour décharger les médecins, le développement des infirmiers en pratiques avancées (Ipa), créés en 2018, bac + 5 à l’issue deux années de spécialisation dans certaines disciplines : psychiatrie, oncologie, néphrologie, médecine d’urgence.

«  Nous rejetons cette interprétation des « pratiques avancées »  »

« Le ministre dénie le parcours de formation des Iade (3 500 heures supplémentaires sur deux ans après sélection sur concours), leur capacité d’analyse clinique, leur autonomie dans les parcours de soins, dans la conduite des anesthésies, la réanimation peropératoire, les situations d’urgence ou la prise en charge de la douleur, estime Vincent Porteous, Iade en plus d’être sage-femme. En revanche, il met en avant la formation low-cost proposée aux Ipa, avec entrée sur dossier et parfois guère plus de 800 heures cliniques et théoriques proposées sur deux ans ! Nous rejetons cette interprétation des « pratiques avancées » qui ne se traduirait, dans la réalité, que par un alourdissement des charges de travail pour soulager les médecins, un appauvrissement des pratiques médicales, et ne bénéficierait d’aucune reconnaissance du point de vue du statut ou du salaire. »

C’est en usant de leur capacité d’initiative et de leur professionnalisme que les soignants affrontent la crise sanitaire actuelle, rappelle Laurent Laporte, secrétaire général de l’Ufmict, « or, le projet managérial mis en avant dans les discussions actuelles reste le même : mécaniser les gestes et alourdir les tâches confiées à chacun sans se soucier des identités professionnelles, des savoir-faire et des pratiques. D’autres professions mériteraient la reconnaissance de leur niveau de qualification, de leur pratique clinique spécifique et de leur autonomie : infirmiers des blocs opératoires, manip’ radio, kinés, orthophonistes, puéricultrices. Cela ne semble pas d’actualité »…