Édition 043 - Édition de mi-janvier 2024

L'ÉDITORIAL

Professions intermédiaires et techniciennes  : sous tension  !

Les réponses apportées au sondage sur les attentes des professions intermédiaires et techniciennes ne viennent pas ainsi contredire ou même adoucir le portrait, déjà alarmant, dressé les années précédentes. Tout aussi grave -si ce n’est plus- ces mêmes salarié.e.s expriment une inquiétude forte pour leur santé, voire une probable mise en danger psychologique. Ils et elles sont une majorité (57  %) à se déclarer soumis.e.s à des risques psychosociaux et 62  % à ne pas savoir comment leur employeur les évaluent…. C’est dire à quel point les politiques de santé au travail des entreprises ne tiennent pas compte des réalités des travailleuses et des travailleurs.

Pour certain.e.s, elles et ils estiment leur charge de travail mal évaluée, (en augmentation à 58 %) et inadaptée à leurs missions ou leur temps de travail. Pour d’autres, c’est l’exposition à souffrance aux autres et plus particulièrement au public (52  %) qui est une des causes principales de leur mal être. Il est facile d’imaginer comment la pression de l’enjeu gouvernemental avec l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques risque de venir malmener des populations déjà en détresse.

Ces professions intermédiaires et techniciennes, qu’on a parfois du mal à penser, qualifier ou organiser en raison de leur disparité (fonction publique, salarié.e.s du privé, agents de maitrise, professions hospitalières, technicien.ne.s du bâtiment…) témoignent toutes d’une perte de sens dans l’exercice de leur activité et de la difficulté à bien effectuer leurs missions . Certaines exigences parfois contradictoires viennent même heurter leur éthique professionnelle pour 62 % des sondé.e.s.

Qui, parmi nous, n’a pas connaissance dans son entourage professionnel de ces réorganisations post crise sanitaire qui, pour la grande majorité, ont déstabilisé les collectifs en place en les privant des moyens humains et matériels  ? Ces mêmes remaniements aggravent par ailleurs la situation de bon nombre de salarié.e.s. en les précarisant et en les mettant en concurrence parfois dans une même entité, ce qui créé des statuts différents.

Alors que les nouvelles technologies devraient mener à une réappropriation des tâches plus valorisantes et individuellement épanouissantes, leur déploiement guidé uniquement par la réduction de coûts conduit à de nouvelles déstabilisations qui mettent à mal les conditions de travail.

Seul.e.s 42 % des salarié.e.s bénéficient du télétravail dans le cadre d’un accord d’entreprise négocié et garantissant son application juste et équitable. Pour les autres, on peut parler – sans trop se tromper- de «  jungle  ». Des situations ubuesques se succèdent ainsi quand l’espace « réorganisé » par les mises en œuvre de flex office (49 % des sondés) ne font que contribuer à l’isolement de certain.e.s et vont jusqu’à entraver le fonctionnement des entreprises, toujours selon cette même vision économique court-termiste.

Ces économies ne bénéficient pour autant pas aux salarié.e.s. Pour deux tiers sondé.e.s, les rémunérations supplémentaires octroyées sont limitées à des primes qui, non incluses dans le salaire, seront insuffisantes pour leur permettre de maintenir leur pouvoir d’achat, en baisse en raison de l’inflation. Au moins autant que les populations ouvrières ou cadres, les professions intermédiaires et techniciennes semblent pâtir à la fois de l’inflation et des choix politiques et idéologiques, portés par les dirigeants.

Pour l’Ugict-CGT, les revendications des professions intermédiaires doivent être entendues.

Une majorité (54 %) des salarié.e.s ne se déclare pas satifaite de son niveau de rémunération, ce qui pose ainsi l’exigence de la reconnaissance de leur qualification (16 points de plus que pour les cadres) mais aussi de leur implication .

Enfin et sans surprise, alors qu’elles représentent 53 % de populations intermédiaires, les femmes sont une nouvelles fois plus fortement discriminées. Le débordement de la vie professionnelle sur la sphère privée les pénalise pour 48 %. C’est pourquoi elles plébiscitent une nouvelle phase de réduction du temps de travail et soutiennent (68 %) la semaine de 4 jours. Il s’agira de garantir la place de ces femmes dans le monde du travail, au risque de les contraindre à choisir entre vie de famille et vie professionnelle.

Dans ce tableau assez sombre, il faut pourtant souligner un marqueur positif. En effet, comme le montre le sondage, 36 % des 25-34 ans accordent leur confiance aux organisations syndicales. Ce chiffre, en augmentation de six points depuis 2019, peut s’expliquer par les dernières mobilisations contre le projet de réforme des retraites qui, sans nous mener à la victoire, ont été un succès dans la bataille des idées. L’Ugict-CGT continuera de mener la lutte auprès de ces professions !