Platines – Une vision toute messiænique

Le célèbre Quatuor pour la fin du temps fut créé dans un camp de prisonniers en Allemagne, en 1941. Dans son disque, l’ensemble bruxellois Het Collectief lui adjoint une pièce hommage, le Stalag VIII-A de Tristan Murail.

Édition 043 de Édition de mi-janvier 2024 [Sommaire]

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Görlitz, Silésie, le 15 janvier 1941. L’hiver s’est abattu sur le stalag VIII-A et la neige a presque tout recouvert. Quatre hommes rejoignent la baraque où les attendent des instruments et un auditoire exclusivement composé de prisonniers du camp. Une corde manque au violoncelle et des touches du piano restent enfoncées quand on les joue. 

Parmi les musiciens  : Olivier Messiæn, mobilisé au début de la guerre puis capturé par les Allemands. Souffrant du froid et de la faim, celui qui s’est fait connaître avant-guerre pour ses pièces pour orgue, développe au fil des mois des hallucinations synoptiques. De ces visions colorées naîtra une des œuvres majeures du XXe siècle, le Quatuor pour la fin du temps. 

Inspiré d’un passage de l’Apocalypse – «  Je vis un ange plein de force, descendant du ciel…  » il se distingue par l’originalité de son effectif : piano, violon, violoncelle, clarinette. Mais surtout, au-delà de receler les éléments et les procédés d’écriture qui servent de base à son langage (rapport entre son et couleur ; influence des rythmes hindous et de la métrique grecque ; chant des oiseaux), le Quatuor symbolise le temps suspendu et la quête de sens. Nombreux sont les musiciennes et musiciens qui s’en revendiqueront : Betsy Jolas, Pierre Henry, Lalo Schifrin, Pierre Boulez… Et Tristan Murail, qui lui rendra hommage en 2018 avec Stalag VIII-A, aussi évocateur que son modèle.

  • Het Collectief, Messiæn, Quatuor pour la fin du temps. Murail, Stalag VIII-A, 1 Cd Alpha Classics, 18 euros.