«  Une histoire d’images  », exposition au musée de Grenoble

Le collectionneur Antoine de Galbert a fait des dons réguliers à l’établissement, pour un total de 270 œuvres issues de 95 photographes, célèbres et moins connus, qu’on peut d’ores et déjà juger sur pièces.

Édition 043 de Édition de mi-janvier 2024 [Sommaire]

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Alexandre Lewkowicz, Les Gitans, La Courneuve (1966). © Alexandre Lewkowicz.

Antoine de Galbert, collectionneur d’art contemporain et mécène atypique, est à la tête de la fondation – d’utilité publique – qui porte son nom. On lui a dû notamment, en 2004, la création d’un haut lieu d’événements culturels et d’expositions  : la Maison rouge, à Paris, dans le quartier de l’Arsenal, fermé définitivement en 2018.

Depuis 2020, il s’est engagé à soutenir l’enrichissement des collections d’art photographique du musée de Grenoble, où il est né en 1955. Le musée fut son premier lieu d’initiation à l’art. Il a procédé à des dons réguliers, tant et si bien que, ces temps-ci, l’exposition «  Une histoire d’images » compte pas moins de 270 œuvres issues de 95 photographes, célèbres ou pas.

Comme un simple amateur d’images connues ou anonymes

Interrogé sur l’état d’esprit qui préside à l’acte de collectionner, Antoine de Galbert répond en ces termes  : «  Il y a une part d’ego, car le collectionneur partage, avec l’artiste, le besoin de montrer, pour évoluer et grandir.  » Plus loin, il précise que «  certains accompagnent véritablement les artistes, alors que d’autres ne le souhaitent pas  ». Lui, il se définit comme un simple amateur d’images connues ou anonymes.

L’exposition «  Une histoire d’images  » répond en tous points à cette définition. On peut s’y arrêter aussi bien devant des œuvres d’«  anciens  » comme les Américains Paul Strand (1890-1976) et Dorothea Lange (1895-1965) ou le Sud-Africain David Goldblatt (1936-2018) que de «  jeunes  », telle la Polonaise Wiktoria Wojciechowka (née en 1991), qui a suivi en 2014 les soldats ukrainiens dans le Donbass. D’elle, un des premiers dons du collectionneur fut une époustouflante galerie de portraits.

Dorothea Lange, Black Maria, Oakland (vers 1957). © The Dorothea Lange Collection/Oakland Museum of California/donation Paul S. Taylor.

Des images qui esquissent la vision d’un certain état du monde

La liste n’est pas limitative, et ce ne sont là que peu de noms parmi tant d’autres, dans une manifestation qui relève avant tout d’images qui esquissent la vision d’un certain état du monde, dans sa dimension historique et sociale. 

Avec Luc Delahaye (né en 1962), par exemple, il s’agit de scènes de guerre et de sujets éminemment sociaux, tandis que Gilles Raynaldy (né en 1968) s’est attaché, entre autres thèmes, à rendre compte de la «  jungle de Calais  ». Les images renvoient, pour la plupart, à des événements marquants, mais aussi à des personnalités pouvant représenter des figures emblématiques de l’oppression ou de la libération des peuples.

«  Je suis angoissé par les bégaiements de l’Histoire »

Lorsqu’on demande à Antoine de Galbert le pourquoi du poids de l’Histoire dans ses choix, il répond ceci  : «  Je suis né dix ans après Hiroshima et la libération des camps de la mort. Ma génération se nourrissait des photographies du Paris Match de Raymond Cartier, qui nous informait des événements du monde, grâce à ses formidables reporters de guerre.  »

La télévision d’alors ne proposait qu’une chaîne, et Internet n’existait pas. Antoine de Galbert ajoute  : «  Plus tard, des études m’ont orienté vers une lecture plus politique de l’Histoire et le scandale provoqué par celui qui a osé comparer l’assassinat de 8 millions de Juifs à un “détail” m’a fait prendre conscience de l’écart abyssal pouvant exister entre les faits historiques et leurs interprétations obscènes. Comme beaucoup, je suis angoissé par les bégaiements de l’Histoire.  »

«  Rien n’est pire qu’une exposition inutile  »

Une œuvre d’art peut-elle changer le monde  ? À cette question bateau, Antoine de Galbert réplique  : «  J’ai vu une visiteuse vomir en sortant d’une de mes expositions qui montrait des œuvres de Joel-Peter Witkin [photographe américain qui représente notamment des cadavres et des êtres terriblement singuliers, Ndlr]. Je ne m’en suis pas réjoui, mais cette réaction physique ne m’avait pas déplu. Aucune exposition ne peut changer le monde, mais nous devons tous, artistes, galeristes, commissaires d’expositions, en avoir la prétention, car rien n’est pire qu’une exposition inutile  ». 

Enfin, lorsqu’on lui demande ce que l’argent – ou le trop d’argent – fait à l’art, Antoine de Galbert livre cette réflexion  : «  En art, l’argent est nécessaire mais très loin d’être suffisant. À mes yeux est mécène celui qui s’appauvrit, ce qui n’est pas le cas du mécénat d’entreprise.  »