À l’Onera, un contrat d’objectifs dangereux pour l’aéronautique, le spatial et la défense

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Site lillois de l’Onera, office public d’études et de recherches aérospatiales. ©PHOTOPQR/ La Voix du Nord
Parce que ce contrat ne donnerait pas les moyens humains et financiers de répondre aux enjeux de la filière, l’intersyndicale Cfdt, Cfe-Cgc et Cgt, dans une pétition, lance l’alerte.

À qui ne connaît pas l’Onera (Office national d’études et de recherches aérospatiales), on pourrait présenter l’une de ses « pépites », les grandes souffleries, qui permettent notamment de mesurer les « efforts » produits par les avions en vol de croisière. On pourrait aussi citer un ensemble d’études, de recherches et d’applications pour lutter contre le bruit, travailler sur les carburants alternatifs, traquer les polluants afin de préparer les moteurs aéronautiques du futur. On pourrait enfin parler de ses effectifs : environ 2 000 salariés, dont 1 287 ingénieurs et cadres, 280 doctorants et 27 post-doctorants. Il est composé de sept départements scientifiques, avec des spécialités comme l’aérodynamique, l’acoustique, l’électromagnétisme, l’optique ou le traitement de l’information des systèmes. L’Onera ? Créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est, affirme son Pdg dans un document officiel, l’« instrument d’une politique ambitieuse d’excellence de notre industrie aéronautique et de notre défense ».

Moins d’investissements publics et plus d’activités contractuelles

 Une ambition aujourd’hui mise en danger, alerte dans une pétition l’intersyndicale Cfdt, Cfe-Cgc et Cgt, alors que le prochain Cop (contrat d’objectifs et de performance) s’apprête à être signé. Une alerte à rebours de la satisfaction affichée par ses dirigeants dans le rapport annuel 2020, pour qui, « malgré la crise sanitaire, l’objectif de renforcer l’attractivité de l’Onera, qu’il s’agisse des niveaux de rémunération ou de la qualité de vie au travail, est tenu ! ». Les salaires ? « Aucune mention n’est faite, dans ce Cop, des politiques salariales à venir, alors que l’Onera peine à recruter. Il y a quatre ans, une étude sur les risques psychosociaux pointait déjà le manque de reconnaissance. Peu de chose ont changé depuis et cela reste très tendu dans les équipes », souligne Bernard Tanguy, délégué syndical central Cgt et élu au Cse du site toulousain de l’Onera. La qualité de vie au travail ? Elle se dégrade, commente en substance Gilles Vieillard, représentant Cgt au Cse central, qui explique : « En 1997, l’Onera comptait 2 200 salariés, aujourd’hui 1 770 en équivalent temps plein, avec de moins en moins de temps pour sérieusement encadrer les doctorants. »

Les ressources de l’Onera reposent sur deux grands piliers : une subvention pour charges de service public (40 % du budget) et des contrats de recherche appliquée, d’origine industrielle, européenne ou étatique (60 %). L’équilibre, déjà fragile, est mis à mal par ce Cop, qui prévoit une stabilisation du premier pilier (110 millions d’euros), ne tenant pas compte, par conséquent, de l’inflation. « À ce rythme, en 2026, la part de la subvention “publique” chuterait à 35 %. Le Cop entérinerait donc un décrochage des investissements étatiques français », prévient Bernard Tanguy. Au profit d’activités contractuelles de court terme et de la mainmise des industriels ; au détriment des travaux de recherche amont, qui préparent l’avenir.

Un risque pour la pérennité des travaux comme des équipes

Le maintien des effectifs au niveau actuel inquiète tout autant. D’une part parce qu’il ne répond pas aux enjeux actuels, notamment environnementaux, avec la nécessité de travailler à une décarbonation du transport aérien et à l’avion hydrogène. D’autre part parce qu’il s’accompagne d’une stratégie de recours aux contrats précaires, avec l’arrivée des Cpor (contrat de projet ou d’opération de recherche), autorisés par la loi de programmation de la recherche adoptée en 2020 et qui représentent un risque pour la pérennité des travaux comme des équipes. Les syndicats alertent aussi sur un autre décrochage : celui qui se met durablement en place avec les homologues européens, en particulier avec le Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (le DLR), dont les ressources comme les effectifs sont en augmentation.

À l’heure où nous écrivons, la pétition avait recueilli 790 signatures sur Internet. Alors que le DLR double sa dotation en dix ans, l’Onera a besoin « d’un Cop ambitieux », signalent les syndicats pétitionnaires. Une ambition qui doit se traduire par une hausse à la fois des effectifs et des investissements publics pour mener à bien des travaux de recherche de moyen et long terme. « Un financement pérenne est le seul moyen de construire des équipes solides assurant le maintien et le développement des compétences », préviennent-ils. À défaut, souligne Gilles Vieillard, ce sera la perte de « la maîtrise globale et pluridisciplinaire de la problématique aérospatiale », jusqu’à présent constitutive de la force et de la renommée de l’Onera.

C. L.