Climat : action… ou inaction ?

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© Pessin
Alors que la transition écologique n’est pas véritablement amorcée, la conversion d’Emmanuel Marcon à la « planification écologique » peine à convaincre.

«  Faire de la France une grande nation écologique est notre projet  ». Lorsque Emmanuel Macron fait cette promesse, au soir de sa réélection, il lui reste donc un quinquennat pour diviser par deux les rejets de gaz à effet de serre s’il veut respecter l’accord de Paris.

Le fameux «  Make our Planet Great Again  » est loin derrière nous, semble dire Mickaël Correia sur Mediapart. Il plante ainsi le décor  : «  Le temps n’est plus à l’ambition mais à l’action. Le jeudi 5 mai a marqué le “jour du dépassement” de la France, soit la date à laquelle notre pays a émis plus de gaz à effet de serre et exploité plus de ressources que ce que la planète est capable de supporter.  » Exactement comme il y a cinq ans. Le quinquennat qui s’amorce est donc, pour lui, celui «  de la dernière chance  » face à l’urgence climatique. 

Emmanuel Marcon I  : un bilan écologique peu flatteur

C’est mal parti, montrent la plupart des éditorialistes… «  La transition écologique n’est pas amorcée en France  », titre ainsi Le Monde en référence au constat dressé par l’Autorité environnementale (Ae), un collège d’experts indépendants, dans son rapport annuel (PDF 6,5 Mo). Le bilan est peu flatteur  : infrastructures routières, ferroviaires ou portuaires, nouveaux quartiers, aménagements de sentiers littoraux… «  Que ces projets soient privés ou publics, la prise en compte des enjeux liés au déclin de la biodiversité ou au réchauffement climatique apparaît très insuffisant.  » Dans ce sévère constat, «  L’État a sa part, écrit Martine Valo, pour les lacunes dans les politiques qu’il mène, mais aussi pour les reculs récents du droit français de l’environnement au prétexte de “simplifier” les processus administratifs.  »

Ce n’est en rien un obstacle à l’autosatisfaction du gouvernement, comme l’illustre sa réponse transmise avec retard au Conseil d’État, demandant à l’État de renforcer sa politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Si le gouvernement y vante son bilan, ce dernier est au mieux jugé «  contrasté  », comme le titre Le Figarotandis que Reporterre se montre nettement plus négatif, infographies à l’appui  : «  53  % des 169 mesures prises dans ce domaine (l’écologie) depuis 2017 sont nuisibles à la planète  », souligne l’enquête de Gaspard d’Allens, Nicolas Bœuf et Léa Dang.

Emmanuel Marcon II  : encore cinq ans de déni  ?

Dans ce contexte, la conversion à l’idée de «  planification écologique  », annoncée entre les deux tours de l’élection, ne convainc pas grand monde. «  Encore cinq ans d’éco-hypocrisie  ?  » s’interroge Alternatives économiques. «  Certes, Emmanuel Macron II a souscrit à l’idée de planification écologique. Il veut même confier cette mission au Premier ministre. Ce serait une excellente nouvelle si le but était de placer au cœur de l’action de l’État un objectif central et structurant pour l’économie, les emplois, la sécurité énergétique, la santé des écosystèmes, l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 […]. Malheureusement, le projet du président reste celui de l’hypocrisie et du déni.  »

Faisons toutefois une hypothèse optimiste en prenant connaissance, dans Les Échosd’une étude du WWF. Le second quinquennat, montre-t-elle, «  pourrait se solder à son issue, par une perte supplémentaire de trois jours ou, au contraire, un gain de vingt-cinq jours sur la date d’entrée en déficit écologique de la France  », dite «  jour du dépassement  ».  Précision  : trois jours en «  en cas d’inaction totale  »  ; vingt-cinq… si le projet alternatif proposé par WWF est pris en compte, sur la base notamment d’un développement massif des énergies renouvelables. Commencé dans le rouge, le nouveau bail d’Emmanuel Marcon pourrait alors «  se terminer dans le vert  ». Action ou inaction  ?

Chapelle Darblay  : au carrefour des combats sociaux et écologiques

Action en tout cas à Chapelle-Darblay à Grand-Couronne (76), la seule usine française capable de produire du papier 100 % recyclé, fermée en 2020 et aujourd’hui sauvée. Dans L’Humanité, Rosa Moussaoui relate une lutte au carrefour des combats sociaux et écologiques.

Pour décrire les atouts du site, elle cite la Cgt  : «  L’usine Chapelle-Darblay est un véritable modèle d’industrie vertueuse pour la transition écologique avec sa chaudière biomasse, sa station d’épuration et la possibilité d’acheminer le papier recyclé par la Seine ou le rail.  » Et montre comment cette renaissance est le fruit de la mise en mouvement de tous  : syndicats, élus, organisations rassemblées dans le collectif Plus jamais ça  ! (Attac, Cgt, Confédération paysanne, Fsu, Greenpeace, Amis de la Terre, Oxfam, Union syndicale Solidaires), «  une bataille au long cours exemplaire  ».

Christine Labbe