Atteindre le plein emploi… avec la précarité pour seul horizon

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© Babouse
Avec un taux de chômage qui s’établit désormais à 7,4 %, le plein emploi est le nouvel objectif que la France doit se fixer, assure-t-on à l’Élysée. Mais de quel emploi parle-t-on ?

L’annonce a ravi Élisabeth Borne. Le nombre de chômeurs au sens du Bit a diminué en France au quatrième trimestre 2021  : 189 000 de moins qu’au trimestre précédent, pour atteindre le chiffre de  2,2 millions. Autrement dit, le taux de chômage n’est plus que de 7,4  % dans le pays, un volume tel que l’Hexagone n’en a pas connu depuis 2008. Et, signe de la bonne tenue du marché du travail, le taux d’emploi des plus jeunes, les 15-24 ans, a même progressé plus que dans toutes les autres tranches d’âge, pour atteindre 33,8  %. Pour la ministre du Travail, ce qui devait être démontré l’est enfin  : Emmanuel Macron est le «  président de l’emploi  », comme elle l’a déclaré le 18 février dernier sur les ondes de France Inter.

Un chiffre trois fois plus élevé que celui vanté par le gouvernement

Incontestablement, les chiffres présentés sont bons. Mais la tendance se maintiendra-t-elle quand les milliards consentis au titre du chômage partiel s’assècheront et cesseront de maintenir en vie des entreprises qui, en d’autres temps, auraient fait faillite  ? Selon Éric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (Ofce), le nombre de faillites qui se situent en vitesse de croisière à environ 50 000 par an est tombé à environ 35 000 en 2020 et à 28 000 en 2021.

Surtout, les données vantées par la locataire de la Rue de Grenelle méritent quelques précisions. D’abord, elles répondent à une définition très stricte de ce qu’est un demandeur d’emploi. Une définition qui ne tient pas compte des postes à temps partiel ou en contrat très court qu’acceptent les chômeurs en attendant de trouver un emploi décent. Quand les statisticiens de Pôle emploi intègrent cette catégorie – dont les effectifs ont augmenté de 9  % en 2021 – au calcul du nombre de salariés à la recherche d’un emploi, ils recensent 5 368 200 chômeurs à la fin 2021. Et même 6 076 300 personnes s’ils y ajoutent les demandeurs d’emploi dispensés de recherche, parce qu’ils sont soit malades, soit en formation, ou en contrat aidé, par exemple. Autrement dit, un chiffre trois fois plus élevé que celui tant vanté par le gouvernement.

Avant même l’application de la réforme de l’Unédic

Le dire n’est pas seulement réaffirmer quelques vérités sur l’état du marché du travail. C’est aussi signifier les conditions d’accès à un plein-emploi qui ne pourrait être que statistique. De 2017 à la fin 2021, le nombre de travailleurs indépendants, autrement dit de travailleurs privés de droits et de garanties collectives, a augmenté dans le pays de 14,6  %, soit beaucoup plus que dans les autres pays de l’Union, où, comme le note le site d’Alternatives économiques, il a accusé une baisse de 2,2  %.

Désormais, en France, on peut travailler et être pauvre  : en 2017, 1,2 million de personnes exerçaient un emploi, mais disposaient d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, soit alors 883 euros par mois (918 euros aujourd’hui). Et les effets à rebours de la réforme de l’Unédic sur la défense des salaires et de la qualification ne se faisaient alors pas sentir (1). La précarité pour seul horizon  ? À quelques semaines de l’élection d’un nouveau président, la priorité donnée par les électeurs au pouvoir d’achat ne masque en rien la fin de la bataille pour l’emploi. Bien au contraire, en en précisant les enjeux, elle en démontre l’urgence absolue.

M. H.

1. Selon Pôle emploi, le nombre de demandeurs d’emploi indemnisés a baissé tout au long de l’année 2021, de 5,8  % sur un an, pour se limiter à 3 048 200 personnes. Autrement dit, la moitié du nombre total des inscrits à l’organisme.