Soignants : pour ceux qui restent, les raisons de rester… mobilisés

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Pour le personnel, contrairement à ce que prétend le gouvernement, l’été ne s’est pas bien passé. © Photo PQR / Ouest France/ Maxppp
Face à la dégradation persistante du système de santé et de leurs conditions de travail, les personnels n’ont d’autre choix que de résister, au travail comme dans les mobilisations.

Article mis à jour le 30 septembre 2022

«  Nous avons des solutions, nous exigeons des actes. » C’est dans cet esprit que la fédération Cgt de la santé et son Ufmict (Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres, techniciens) appelaient aux mobilisations du 22 et du 29 septembre. Dès avant l’été, le syndicat exprimait ses craintes quant à un affaiblissement persistant des moyens et à la fuite des soignants, qui se sont notamment traduits par la «  régulation médicale préalable  » – pour ne pas dire « tri » – dans les services d’urgence saturés, voire fermés à certains moments.

La Cgt santé espère toujours une convergence des organisations et associations représentatives des personnels dans les échanges prévus cet automne avec le gouvernement, compte tenu de l’aggravation prévisible de la situation, en particulier à l’hôpital public. Une étude du ministère de la santé publiée fin septembre atteste que 4300 lits d’hospitalisation complète ont encore été supprimés en 2021 (4900 en 2020), ce qui porte à 21000 le nombre de lits supprimés depuis 2016. Cela n’est pas seulement le fait de «  contraintes de personnels  » – il suffirait de mieux payer les soignants et d’en former plus, mais le résultat du «  virage ambulatoire  », c’est à dire le choix de favoriser les hospitalisations les plus courtes possibles et les interventions à la journée  : 2700 places en ambulatoire auraient ainsi été «  créées  » l’an dernier…  La Cfe-Cgc, le Printemps de la Psychiatrie, le Collectif inter-urgences et la coordination nationale des hôpitaux et maternités de proximité font bloc, mais pas les trois syndicats signataires du Ségur (Fo, Cfdt, Unsa), qui n’en sont pourtant pas satisfaits.

Les premières mesures déjà envisagées dans le cadre du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (Plfss) n’augurent pas d’un changement de méthode, ni dans le dialogue social, ni dans le diagnostic sur la crise : incitation à accepter une quatrième année d’internat dans les déserts médicaux pour les futurs praticiens en médecine générale, sans garantie d’être encadrés, et contrôle strict des arrêts maladie délivrés par téléconsultation malgré la difficulté à obtenir un rendez-vous en présentiel dans certaines régions. L’Association des maires ruraux de France a d’ailleurs estimé fin septembre que 6000 médecins généralistes manquent pour que partout sur le territoire (en densité au km2), les Français disposent d’un médecin pour 1000 habitants. Les premières annonces du gouvernement témoignent ainsi que la gestion de la crise risque fort de se poursuivre sans concertation, par la contrainte, et toujours avec le soucis de faire des économies.

Les soignants veulent témoigner. L’été ne s’est pas bien passé, leurs conditions de travail et d’accueil des patients, partout, continuent de se dégrader dangereusement. Ainsi au Chu de Toulouse, comme l’expliquent Julien Gavarret, infirmier à l’Oncopole, et Sylvain Béduz, manipulateur radio à Rangueil.

Il s’agit de rappeler que les mesures proposées par la «  mission flash  » du désormais ministre François Braun n’ont pas permis d’éviter le pire partout, et que si l’hôpital a tenu, c’est encore et toujours au prix du dévouement et de l’épuisement des soignants. D’autant plus que le manque de personnel a continué de justifier les fermetures de lits et de services.

Le déploiement à grande échelle du tri et de la sélection des personnes sollicitant les services d’urgence a culpabilisé les soignants comme les patients. Pour ces derniers, il a parfois empêché une prise en charge garantissant les meilleures chance d’être soignés vite et bien – voire compromis leurs chances de survie. Partout, les soignants font ce qu’ils peuvent, comme en atteste également Jocelyne Goùt, infirmière à l’hôpital psychiatrique de Cadillac (Gironde).

Très attachés au sens et à l’utilité sociale de leur travail, les soignants, partagés entre la colère, la fatigue et la peur d’un accident, n’en peuvent plus de ne pas pouvoir travailler comme ils devraient. Qui plus est, pour des salaires peu gratifiants et toujours pas attractifs aux yeux des jeunes, même si le gouvernement a ouvert, en cette rentrée, plus de places en instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) sans s’engager sur les revalorisations des métiers.

Pour la Cgt-Santé, la revalorisation de l’ensemble des salaires, la création de postes et l’amélioration des conditions d’entrée dans le milieu professionnel pour les jeunes, qui bénéficieront aux équipes dans leur ensemble, restent des revendications urgentes. La Cgt chiffre plus que jamais les besoins en personnel : 100000 postes à l’hôpital public, 200000 dans le social et médico-social, 200000 dans les Ehpad. Il s’avère également urgent de titulariser les quelques 250000 contractuels actuellement en poste et les médecins à diplômes hors Union européenne.

Il s’agit de faire preuve d’ambition et d’anticipation pour ne pas courir à de nouvelles catastrophes. Les personnels des secteurs de la santé seront particulièrement vigilants durant les débats sur le Plfss, qui doit se tenir cet automne, mais n’espèrent pas grand-chose des propositions qui émaneront du Conseil national de la refondation (Cnr), d’ores et déjà perçu comme un nouvel exercice illusoire de démocratie directe, et auxquels peu de corps intermédiaires ont accepté de participer. Ce n’est pas par manque d’idées que la Cgt n’ira pas  : le diagnostic est connu, les catastrophes prévisibles, reste à savoir si la volonté politique de défendre un service public de qualité sera au rendez-vous.

Valérie Géraud et Lennie Nicollet