Métallurgie : Accord sur les minima ingénieurs et cadres

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Le 14 décembre 2018, on faisait grève pour l’augmentation des salaires, des pensions, et de la protection sociale. Photo : Léon Tanguy/Maxppp
La fédération Cgt a signé l’accord sur la réévaluation du barème de la convention collective nationale des ingénieurs et cadres de la métallurgie pour 2019. Coup de projecteur sur un résultat et une méthode.

Lancée en décembre 2018, cette négociation s’est tenue dans un contexte de tension sociale dans le pays et d’une sensibilité syndicale qui s’est traduite par une convergence des organisations face à la représentation de l’Uimm. Non sans résultats : fin décembre, les employeurs passent d’une proposition de revalorisation de 1,9 % – en invoquant les résultats économiques favorables de l’année 2018 – à 2 %. Proposition qu’aucune des organisations syndicales n’accepte, la Cgt ayant, pour sa part, fortement insisté sur un dépassement cette barre symbolique des 2 %. Au-delà de la querelle des chiffres, c’est une dynamique qui se joue : il s’agit d’obtenir la revalorisation la plus importante possible des minima afin de créer un repère revendicatif élevé – avec en perspective les futures négociations – pour toutes les catégories professionnelles. Sans adopter une unité formelle, les organisations syndicales tiennent donc la position, et finalement le patronat revoit sa position et propose un 2,1 %.

Pour Édith Biechle, responsable de l’Union fédérale des ingénieurs cadres et techniciens de la métallurgie, « tout au long du processus de négociation, nous avons essayé de dégager une position commune avec les autres organisations syndicales. En vain. Mais les échanges avec elles ont pesé, avec trois autres éléments. D’une part, les manifestations. Les employeurs craignaient un effet de contagion de la rue à l’entreprise. D’autre part, l’annonce du montant des dividendes versés aux actionnaires par les groupes du Cac 40, avec un nouveau record de 57,4 milliards d’euros. Une progression de 12 % en un an et de 62 % sur dix ans, ça n’était pas passé inaperçu ». Enfin, la réplique à l’antienne patronale sur les « difficultés d’embauche » : avec la revalorisation se joue l’attractivité des entreprises de la branche et, partant, l’embauche de jeunes ainsi que la pérennité de l’industrie.

La Cfdt, Fo et la Cfe-Cgc signent d’emblée l’accord, en séance. La Cgt, pour sa part, annonce qu’elle décidera collectivement de sa position. C’est que l’enjeu est d’importance et porte loin : comme d’habitude, le résultat donnera le ton des autres négociations, qu’il s’agisse des minima salariaux des chambres territoriales, des négociations obligatoires d’entreprises, des minima dans d’autres branches, comme les services de l’auto. Au-delà, se joue, singulièrement pour les cadres et assimilés – niveaux 4 et 5 dans la métallurgie –, l’augmentation du plafond de la Sécurité sociale et, par voie de conséquence, le niveau de cotisation à l’Agirc, calculé sur la partie de leur salaire supérieure au plafond de la Sécurité sociale. Si les salaires augmentent moins vite que ce plafond, c’est au final la pension Agirc qui se dégrade et, avec elle, la retraite.

Pourquoi alors la Cgt diffère-t-elle sa signature ? Pour Édith Biechle, il s’agit d’abord d’une question de principe : « C’est d’abord aux premiers intéressés de s’exprimer sur les questions qui les concernent. Nous avions pris l’engagement, en amont de la négociation, de consulter les syndicats sur la signature. Les débats ont eu lieu et ils ont dégagé un avis majoritaire en faveur de la signature. Le comité exécutif de la fédération a donc ratifié l’accord. Pour nous, ce 2,1 % est un point d’appui. Un atout dans le travail revendicatif dans les entreprises et dans les territoires, singulièrement en direction des entreprises sous-traitantes, qui sont elles aussi concernées par ce repère conventionnel. »

Louis Sallay