Bébés sans bras : Coïncidences ou scandale sanitaire ?

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Photo Julio Pelaez/Le Républicain lorrain/Photopqr/Maxppp
Les pouvoirs publics semblent préférer invoquer le hasard, faute de se donner les moyens de connaître l’ampleur du phénomène.

Mystère, coïncidences, ou effet collatéral de pesticides, polluants et autres cocktails de perturbateurs endocriniens ? Le 20 février, le ministère de la Santé a enfin annoncé que le phénomène des « bébés sans bras » méritait son attention : deux comités, dont un « comité d’observation et de suivi » scientifique, vont être mis en place pour essayer d’expliquer certains cas d’agénésie transverse du membre supérieur (Atms). C’est une victoire pour les familles, les associations et les scientifiques qui ont donné l’alerte, en particulier le Registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera).

C’est en effet à partir d’anomalies statistiques recensées dans l’Ain (huit cas de naissances de bébés avec des membres supérieurs atrophiés, sur quelques mois et dans un périmètre de 30 kilomètres) que le Remera a essayé de recenser d’autres situations équivalentes. Des dizaines de cas ont depuis été signalés par les familles – sur la période 2011-2016 – dans le Morbihan, la Loire-Atlantique et non loin de l’étang de Berre.

Seulement 20 % du territoire est couvert par six structures associatives

Le travail est difficile, car il n’existe aucune structure publique chargée de recenser et de centraliser ce type de données pourtant essentielles en termes de santé publique : seulement 20 % du territoire est couvert par six structures associatives telles que le Remera. L’alerte a pourtant été minimisée, y compris depuis qu’elle a été relayée par les médias l’été dernier. Le Remera a même failli être en cessation de paiements, faute de voir ses subventions renouvelées par le conseil régional d’Auvergne-Rhônes-Alpes.

Le ministère vient pour sa part de lui renouveler in extremis sa confiance d’autant qu’il a, en 2014, souligné l’apport de son travail dans le scandale de la Dépakine, anti-épileptique responsable, déjà, de malformations congénitales – rappelons que Sanofi refuse d’indemniser les victimes et accuse les pouvoirs publics de manquements… Pourquoi une telle mauvaise volonté face à des données épidémiologiques qui devraient inquiéter les pouvoirs publics ou, au minimum, convaincre les autorités sanitaires de lancer d’urgence des investigations ? Des enquêtes de terrain, même tardives, sont indispensables, notamment des prélèvements dans les sols, l’air, l’eau. Gageons qu’elles seront menées sans entraves et pourront tout de même identifier les responsables.

Valérie Géraud