Avec le contrat d’engagement, l’autonomie des jeunes, c’est pour plus tard

Options - Le journal de l'Ugict-CGT
Les jeunes sont soupçonnés de ne pas faire d’efforts pour s’insérer.©IP3 PRESS/MAXPPP
Trop restrictif et contraignant : le nouveau dispositif d’aide aux moins de 25 ans ni en emploi, ni en formation est symptomatique de la place faite aux jeunes.

Même en l’absence d’actualités foisonnantes, l’entrée en application le 1er mars de la dernière «  grande réforme  » du quinquennat Macron serait un non-événement  : le contrat d’engagement jeune (Cej) a certes fait l’objet de mois de débats, mais son contenu, dévoilé en novembre, n’apporte rien de nouveau et ne suscite guère d’enthousiasme. L’objectif est pourtant de prendre enfin au sérieux la situation préoccupante de 1,5 million de jeunes de moins de 25 ans qui, d’après l’Insee, ne se trouvent ni en formation ni en emploi – les Neet (1) selon l’acronyme anglais. Auxquels il faudrait ajouter les étudiants privés de petits boulots par la pandémie, qui les ont rejoints dans les soupes populaires ou autres Restos du Cœur.

Comment aider ces jeunes, précaires, exclus ou en difficulté à trouver un emploi, à accéder à leur autonomie et à une place dans la société  ? Les termes et conditions proposés par le dispositif Cej s’avèrent bien contraignants, restrictifs, et finalement symptomatiques de la place faite aux jeunes en France. Toujours aussi stigmatisés ces cinq dernières années  : on se souviendra du président rétorquant à un jeune chômeur qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un emploi. Le Cej ne marque pas de rupture réelle avec cet état d’esprit. Le dispositif affiche l’ambition de faire dès 2022 entrer dans l’emploi au moins 400 000 moins de 25 ans (et moins de 30 ans en situation de handicap). Mais le gouvernement prévient que, «  le Cej, c’est de l’engagement, de l’assiduité, de la motivation  ». Autrement dit, les jeunes restent soupçonnés de ne pas faire d’efforts pour s’insérer et de se contenter d’être assistés…

Un contrat «  donnant-donnant  » excluant toute avancée vers un revenu jeune

Côté financement, 2 milliards d’euros doivent provenir du plan «  1 jeune 1 solution  » (lire «  Attention fragiles  », Options, no 669, septembre 2021) et 550 millions ont été ajoutés au budget 2022. Quant à l’encadrement, il est confié aux missions locales (abondées de 75 millions d’euros cette année) et à Pôle emploi, qui doit y affecter quelque 1 660 conseillers dont 900 nouveaux Cdi. Chaque référent est censé se concentrer uniquement sur un «  portefeuille  » ne dépassant pas 30 jeunes, jusqu’à leur insertion durable dans l’emploi. Pour les candidats, qui doivent vérifier leur éligibilité sur www.1jeune1solution.gouv.fr, le parcours d’insertion prévu est de six à douze, voire dix-huit mois, un temps plus long qu’avec la «  garantie jeune  » créée à la fin du quinquennat Hollande (de janvier à octobre 2021, 130 000 bénéficiaires). Elle disparaît au profit du Cej, qui prévoit un «  accompagnement  » de quinze à vingt heures par semaine impliquant une «  mise en activité systématique  »  : stage ou immersion en entreprise, préparation à l’entrée dans un Cfa (centre de formation d’apprentis), dans une école de la deuxième chance, ou formation, action sociale, service civique. Une assiduité absolue est exigée, sous peine de perdre un quart de son allocation dès la première entorse, d’un mois entier dès le deuxième manquement, puis de l’annulation de son Cej. Pas évident, même si Pôle emploi a assuré qu’il ne s’agissait pas de contrôler ces jeunes particulièrement fragilisés par des parcours de décrochage scolaire et d’échecs à s’insérer dans le monde du travail. Cette allocation ne pourra par ailleurs pas dépasser 500 euros ni être cumulée avec d’autres aides ou prestations, y compris une allocation chômage ou une indemnité de stage. De plus, elle ne sera que de 300 euros si le jeune n’est pas détaché fiscalement de ses parents et de 200 euros s’il est mineur.

Autant de restrictions qui condamnent ce dispositif aux yeux de nombreuses organisations, parmi lesquelles la Cgt. S’il s’agit de mettre un jeune en situation de travail vingt heures par semaine, sans lui garantir une formation professionnalisante, et pour une si faible allocation, la Confédération estime que le Cej offre surtout aux employeurs une nouvelle possibilité de disposer de personnel corvéable à merci sur des postes ou des métiers «  en tension  », dont personne ne veut parce qu’ils sont précaires et peu rémunérés. Sans compter que ces jeunes, comme tous les intérimaires, stagiaires, apprentis, sortiront des statistiques du chômage mais pas de la précarité. La Cgt souligne aussi que le dispositif exclut la majorité des moins de 25 ans, notamment les étudiants et tous ceux qui gagnent plus de 500 euros tout en vivant au-dessous du seuil de pauvreté, et «  acte la précarisation de l’ensemble de la jeunesse  ».

Ainsi, les jeunes sont jugés responsables de leur sort et le gouvernement maintient son refus de leur accorder un revenu universel dès 18 ans, alors que plusieurs collectivités locales (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes) ont commencé des expérimentations en ce sens, s’appuyant sur ce qui se fait au Danemark ou en Finlande par exemple, où les jeunes peuvent préparer plus sereinement leur avenir sans coûter plus cher à la société. En France, l’État regarde le système scolaire renforcer les inégalités (100 000 jeunes le quittent chaque année sans diplôme, et plus d’un jeune sur deux sans diplôme ou avec un Bep-Cap est sans emploi ni formation), et laisse les décrocheurs se paupériser  : d’après la Dares, en 2018, 37  % des Neet n’étaient en contact avec aucune institution. Le Cej leur donnera-t-il la possibilité de raccrocher  ?

Valérie Géraud

1. Neither in employment nor in education and training.