Platines – Un Rameau pour le retour de la paix

L’ensemble Les Surprises exhume des partitions méconnues, dont ce prologue évincé des Surprises de l’amour.

Depuis sa création en 2010, par Louis-Noël Bestion de Camboulas et Juliette Guignard, l’ensemble Les Surprises s’attache à redécouvrir des partitions oubliées du XVIIIe siècle. C’est le cas du Retour d’Astrée qui était, à l’origine, le prologue des Surprises de l’amour, commande de la cour faite à Jean-Philippe Rameau en 1748.

Lorsqu’il remanie son ballet dix ans plus tard pour l’Académie royale de musique (futur Opéra de Paris), le Retour est remplacé par une autre entrée. L’argument :le combat d’Astrée face aux cyclopes, allégorie de la paix retrouvée après le traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à la guerre de Succession d’Autriche. À l’époque, Rameau a 65 ans. Compositeur favori de la marquise de Pompadour, qui règne alors sur les arts, il a déjà écrit ses grands opéras  : Les Indes galantes, Castor et Pollux, Platée…

On retrouve dans ce ballet ce qui fait la grandeur de sa musique  : la fantaisie (à mille lieues du personnage austère souvent décrit)  ; le sens de la mélodie (Air pour les amours, les plaisirs et les jeux)  ; des danses (ici, des gigues, passe-pieds et menuets)  ; la richesse orchestrale, qui souligne la moindre intention  ; les chœurs, toujours chargés de merveilleux. Cette recréation bénéficie de la direction experte du jeune chef Louis-Noël Bestion de Camboulas, qui s’est adjoint un plateau de chanteurs de haut niveau, à commencer par la soprano Marie Perbos (Astrée), formidablement soutenue par le chœur des Surprises, entre autres dans Il n’est pas d’alarme. En complément du Retour d’Astrée, le premier acte des Surprises de l’amour, Les Sybarites, tout aussi somptueux.

Ulysse Long-Hun-Nam