Travail : libertés en petite santé

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Quand l’exception se construit en régime normal.

Depuis 2015, la France a davantage vécu sous des régimes d’exception que sous le droit commun. Il faut s’inquiéter du caractère systématique du recours à un droit dérogatoire, au prétexte illusoire que la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul serait un gage d’efficacité accrue. La mécanique est hélas rodée : la parole du chef de l’État est à ce point impérieuse que l’annonce des nouvelles restrictions aux libertés précède rituellement le vote de la loi, et affaiblit d’autant le pouvoir du Parlement. Pris dans les logiques majoritaires, ce dernier avalise sans broncher les projets de loi le dépossédant de sa propre compétence, et ratifie les ordonnances sans exercer son rôle de contre-pouvoir.

La pandémie a relancé un conflit ancien autour de deux définitions : celle de la maladie du travail et celle de la responsabilité. Pour Marc Benoît, responsable Cgt à l’Inrs, cette tension n’est ni nouvelle ni étonnante : « Par tradition – et par intérêt – les employeurs campent sur l’idée qu’une maladie contractée sur le lieu de travail n’est pas forcément liée au travail. » Ils avancent de même que leur responsabilité consiste uniquement à veiller à ce que les règlements en vigueur aient été respectés.

L’adieu à l’entreprise, succédané de liberté ?

Après dix-huit mois de « distanciation sociale » forcée, la liberté de choisir soi-même les conditions de son éloignement semble être devenue la revendication première d’un nombre croissant de salariés. Mais pour fuir quoi ? Pour se protéger de quoi ? Plus le retour des salariés a été tardif, plus il leur a été difficile de reprendre pied avec leur métier. Le bruit, les échanges, la parole de l’autre sont devenus intrusifs. Certificats de santé à l’appui, les demandes d’aménagement des postes de travail se sont multipliées en même temps que la demande des jours de télétravail.