Mondial de foot au Qatar 2022 : Changements sous pression

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En dépit de certaines avancées, la situation reste difficile pour les travailleurs.

Il y a quelques années, la Confédération syndicale internationale (Csi) estimait à plusieurs milliers le nombre d’ouvriers qui pourraient avoir trouvé la mort sur les chantiers de la Coupe du monde de football, en cas de non-respect des normes internationales du travail. Jean-Pascal François, de la Cgt-Construction, a fait partie d’une mission syndicale partie au Qatar à l’initiative de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (Ibb) : « Interdits alors de chantiers, nous avons pu rencontrer des salariés sur leurs “bases de vie” dans des conditions d’hygiène inacceptables. Certains n’avaient pas pu rentrer chez eux depuis presque cinq ans, avec tous les problèmes humains que cela suppose. »

Des progrès ont été réalisés depuis, sous la pression en particulier des organisations syndicales et des Ong. Fin 2017, le gouvernement qatari s’est engagé dans une série de réformes qui ont visé, notamment, à démanteler en partie le système local du kafala qui permettait de mettre sous tutelle tout travailleur étranger. Un mois plus tard, l’Organisation internationale du travail (Oit) décide de retirer sa plainte contre le Qatar, puis ouvre un bureau à Doha en avril 2018 « afin de soutenir la mise en œuvre d’un programme global sur les conditions de travail et les droits des travailleurs ». Un accord est également conclu entre l’Ibb, Vinci et son partenaire local Qdvc sur le droit des travailleurs, assorti d’un système de suivi et de contrôle.

Enfin, en septembre 2018, une loi autorise les travailleurs immigrés à quitter le pays sans autorisation de sortie de leur employeur. « Une avancée significative pour les droits humains », souligne alors l’Ibb pour qui, toutefois, l’étape suivante reste sa « mise en œuvre effective ». Où en est-on depuis ? Dans un rapport publié à la mi-février, Amnesty International, tout en notant des « réformes naissantes », juge que la situation des travailleurs immigrés reste difficile. Et met en garde : « Les autorités qatariennes ne doivent pas perdre davantage de temps si elles veulent mettre en place un régime du travail mettant fin aux abus et aux souffrances infligées chaque jour à de très nombreux travailleurs migrants. »