Sur les chantiers de la Coupe du monde de football, le Qatar peut beaucoup mieux faire

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La plupart des victimes sont des travailleurs migrants du Bengladesh, de l’Inde ou du Népal. © TOROMORO/MAXPPP
Si les droits des travailleurs ont progressé, l’Organisation internationale du travail et l’Ong Amnesty International appellent à la poursuite des réformes pour une amélioration concrète et durable des conditions de travail.

À moins d’un an de la Coupe du monde de football organisée au Qatar, l’Organisation internationale du travail (Oit) a publié un nouveau rapport sur la santé et sécurité au travail : en 2020, 50 travailleurs ont perdu la vie, un peu plus de 500 ont été gravement blessés, et 37 600 ont subi des blessures légères à modérées, dans le cadre de leur travail. La plupart des victimes, montre le rapport, sont des travailleurs migrants du Bangladesh, de l’Inde et du Népal,  principalement dans le secteur de la construction. Les chutes de hauteur et les accidents de la route sont les principales causes de blessures graves, suivies des chutes d’objets sur les chantiers.

Parce que la fiabilité de ces statistiques se heurte à des lacunes dans la collecte des données et dans la manière dont les accidents et les blessures sont catégorisés, l’Oit lance un appel à davantage de coordination et de transparence dans les services médicaux comme dans ceux de l’Inspection du travail. « Nous devons agir de toute urgence ; derrière chaque statistique il y a un travailleur et sa famille », souligne le chef du bureau de projet de l’Oit au Qatar.

Réelles avancées ou évolutions cosmétiques  ?

Cela n’empêche pas l’Oit de noter les efforts accomplis ces dernières années dans l’amélioration de la législation qatari, en particulier sous la pression internationale. Ainsi, en mars 2021, le Qatar a-t-il finalement accepté, en concertation avec l’Oit, des représentants des travailleurs et des employeurs des différents secteurs de l’économie, d’instituer un salaire minimum.

Ils devaient être plus de 400 000 à pouvoir en bénéficier, soit 20 % de la main-d’œuvre du secteur privé. Cette loi s’inscrit en outre dans le prolongement d’autres réformes majeures, dont le démantèlement du système de la kafala, un système de parrainage préalable à l’embauche. Désormais, plus besoin d’un permis de sortie pour quitter le pays, ni d’une certification de non-objection pour changer d’employeur. Très insuffisant, dénonce pourtant en substance Cécile Coudrion, présidente d’Amnesty International, dans une tribune publiée par Le Monde. La militante parle d’une évolution « en fait cosmétique mais habilement mise en scène par le biais d’une importante campagne de presse et d’opinion à l’international ».

Amnesty International continue d’ailleurs de dénoncer la mort de milliers d’ouvriers sur les chantiers sans qu’aucune enquête ne soit faite ni que soit mise en avant la responsabilité des employeurs. Et d’alerter sur des conditions de travail éprouvantes  : pauses insuffisantes, chaleur accablante, interdiction de quitter son employeur sans son accord, voire de rentrer dans son pays, impossibilité de protester ou de dénoncer la situation sous peine de prison. Dans cette tribune, l’Ong appelle les fédérations française et internationale de football, la Fff et la Fifa, à faire pression sur le Qatar pour qu’il modifie les conditions de travail des personnes migrantes  : «  Profondément, concrètement et durablement.  »

Jeux olympiques 2024 : alerte sur un chantier

Dans des conditions qui restaient encore à préciser, c’est un accident très grave qui a eu lieu en Seine-Saint-Denis le 24 janvier sur un chantier des Jeux olympiques et paralympiques (Jop) de 2024. L’alerte a été lancée dès le lendemain par la Cgt 93 et par la fédération de la Construction. En rappelant qu’un ouvrier du bâtiment meurt tous les jours au travail, elles posent plusieurs exigences. Parmi elles : la fin de la sous-traitance en cascade ; la remise à plat de l’organisation du travail sur les chantiers ; la possibilité de tenir des permanences syndicales au cœur des grands chantiers des Jop de Paris. « Les déserts syndicaux, préviennent-elles, ne favorisent en rien le respect des droits des salariés et des devoirs des entreprises. »

J. A.