Salaires, conditions de travail… les enseignants artistiques des collectivités à l’épreuve du manque de moyens

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Dans les collectivités, les budgets culturels sont souvent les premiers à faire l’objet de mesures d’économies, en cas d’austérité.©IP3 Press/MaxPPP
Organisée par l’Ufict-Cgt des Services publics, une journée réunissant une trentaine de professionnels a permis de créer un lien entre les syndiqués des services publics et ceux de l’Union nationale des syndicats d’artistes musiciens de France (Snam-Cgt).

Ils enseignent la musique, la danse ou le théâtre  : réunis à l’occasion d’une journée d’étude organisée par l’Ufict- Cgt des Services publics, leur passion pour leur métier exercé dans une collectivité territoriale n’est pas leur seul point commun. Ce qui les rassemble, c’est aussi le contexte dans lequel ils doivent enseigner, ainsi résumé par Jésus de Carlos, co-secrétaire général de l’Ufict (Union fédérale des ingénieurs, cadres et techniciens)  : des collectivités au sein desquelles les budgets culturels font très souvent partie des premières économies en cas d’austérité, avec des moyens très hétérogènes selon le territoire, au bon vouloir des employeurs. Tous témoignent de cette difficulté, souvent décorrélée d’ailleurs de la couleur politique de la collectivité, mais aussi d’absence de formation, de reconnaissance ou d’essor de la précarité. 

L’enseignement aux activités culturelles fait partie d’un des piliers de l’Éducation nationale en intéressant 12 millions d’élèves chaque année. Or, cette mission est très souvent confiée à des artistes dont le travail n’est pas à l’origine de transmettre leur savoir, mais d’en faire profiter un auditoire. Ces derniers regrettent donc l’absence de formation pour faire un métier qu’ils décrivent et revendiquent comme une « passion ». Associé à la faiblesse des salaires, le malaise est profond et engendre une crise du recrutement dans le secteur.

Une élue du Snam-Cgt témoigne ainsi qu’après huit années de contrat à mi-temps, elle a été enfin nommée titulaire… pour un salaire de 1400 € par mois douze ans plus tard. Difficile avec un tel niveau de salaire de trouver des candidats. D’autant que le statut de contractuels trop souvent privilégié dans ce secteur ne donne souvent pas accès aux primes. Pour ces enseignants, une impression prédomine, celle d’un service public de l’enseignement des arts « ubérisé ». Ce service dégradé encourage d’ailleurs certains à quitter le métier  : seize enseignants auraient récemment démissionné à Créteil. « Peut-on transmettre son savoir lorsque l’on souffre ?  » questionne l’une des enseignantes.

Un métier passion à la défaveur de la vie personnelle et familiale

Si beaucoup s’interrogent sur leur rôle, ils font tous en effet état d’une grande souffrance au travail. « Nous quittons le métier rapidement », explique ainsi une professeure de danse en Seine-Saint-Denis. Selon elle, il est difficile d’avoir une évolution de carrière dans un secteur sous-investi par les collectivités territoriales. 

Les conditions de travail s’en trouvent très dégradées, sous la pression, témoignent-ils, d’un management qu’ils remettent en cause. Ce sont des horaires décalés, le soir, le mercredi, et le week-end, lorsque les enfants ne sont pas à l’école. Cela se fait au sacrifice de sa vie familiale et personnelle. Ce sont aussi les temps de trajet, avec l’obligation de beaucoup se déplacer pour rejoindre les différents élèves, ou ceux nécessaires à l’installation des matériels avant le début de chaque cours. Or, comme dans tous les secteurs, leur temps est compté  : ils souhaiteraient ainsi une prise en compte des temps de déplacements et d’installation, notamment pour assurer la bonne tenue de l’activité artistique.

Ils le concèdent pourtant : leur profession est très peu syndiquée. Pour eux, la première question est de savoir à qui s’adresser. Lorsqu’ils veulent s’investir, il ne savent pas s’ils doivent se rapprocher des syndicats des collectivités territoriales ou contacter les syndicats de musiciens. Lors de cette réunion, une représentante Cgt apprend d’ailleurs l’existence d’une pétition pour la revalorisation des carrières. Ces échanges se traduisent par l’élaboration d’une liste revendicative sur le statut, les grilles salariales ou la proposition de créer des groupes d’actions de syndicats. Ils leur permettent d’oublier pour un temps le sentiment d’abandon qui les habite, en nouant un dialogue entre professionnels animés par la même passion : «  J’aime mon métier », témoigne ainsi une professeure, résumant le sentiment de tous.

Arthur Brondy