Les trois temps du temps de travail, vus par l’Institut syndical européen

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Toute analyse du temps de travail reste incomplète si elle ne tient pas compte de la densité du travail. @BELPRESS/MAXPPP
Préciser les temps et bien les qualifier est la seule manière de défendre les « trente-cinq heures ». Travaux pratiques.

La durée  : toute discussion commence par là. Mieux vaut donc, d’emblée, savoir de quoi l’on parle  : de la durée du travail tout au long de la vie active  ? De celle comptabilisée sur une année, sur une semaine hebdomadaire ou sur une base quotidienne  ? Et que compare-t-on lorsque on se livre à des comparaisons internationales  ? Ce que prévoient les lois nationales ou la réalité du temps effectivement réalisé  ? Telle est la première précaution que propose de prendre une note publiée par l’Institut syndical européen sur le temps de travail.

Pour mémoire, les 42 annuités réclamées en France pour ouvrir ses droits à la retraite sont imposées dans un contexte où l’entrée sur le marché du travail des moins de 25 ans est particulièrement difficile et où le maintien en entreprise des plus de 55 ans est particulièrement périlleux. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne ou aux Pays-Bas. Autre élément à ne pas perdre de vue  : si les trente-cinq heures sont la durée légale dans l’Hexagone, la réelle durée hebdomadaire moyenne est de 36,5 heures, contre 34,8 heures en Allemagne ou 29,3 heures aux Pays-Bas. 

L’intensité  : Une notion que le patronat n’aime pas aborder. Or, «  comme toute unité de mesure, une heure ne correspond qu’à une abstraction  », rappelle Laurent Vogel, l’auteur de cette note. «  Toute analyse du temps de travail reste incomplète si elle ne tient pas compte de la densité du travail  », ajoute-t-il. Travailler sur des emplois contraints par des normes ou des cadences est une toute autre chose que de pouvoir s’en émanciper. De même qu’œuvrer dans un contexte managérial qui privilégie, ou non, la concurrence entre services.

Aujourd’hui en France, une proportion considérable de salariés évolue dans un contexte qui, note Laurent Vogel, nie «  ces temps indispensables que sont l’anticipation, la réflexion et la gestion des émotions  ». C’est ainsi que 65  % des salariés sont contraints, en France, de s’interrompre régulièrement pour effectuer une tâche non prévue  ; 45  % doivent se dépêcher  ; 35  % sont soumis à une cadence imposée par un contrôle informatique.

La flexibilité  : Dernier des trois repères proposés par l’Etui  : la flexibilité. Elle est celle qui sous-tend les organisations en flux tendu, celle qui justifie le recours au travail intérimaire ou à la sous-traitance. Celle qui, par la multiplication des risques, génère un surplus d’accidents du travail, poursuit le chercheur. Or on le dit peu  : la flexibilité est genrée. Laurent Vogel rappelle que la sociologue Danièle Kergoat observait, dès la fin des années 1990, que «  la flexibilité ne prend pas les mêmes formes pour les hommes et pour les femmes  ».

Au masculin, la flexibilité prend la forme d’un «  nomadisme spatial avec des variations en termes d’emploi, de qualifications, de tâches  ». Au féminin, elle se présente comme un «  nomadisme temporel étroitement lié à la montée du travail à temps partiel et à des trajectoires d’emploi plus discontinues  ». Bon à savoir. 

Martine Hassoun