Vu du Royaume-Uni  : le droit à la déconnexion, c’est “Yes”  !

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Introduit en France en 2017, le droit à la déconnexion continue de se diffuser en Europe. ©BENELUXPIX/MA/XPPP
Entre le travail et les loisirs, « Vive la différence » a titré le Financial Times en français dans le texte : une forme d’hommage à la loi française sur le droit à la déconnexion.

Au début, cela faisait sourire. Presque un sujet de plaisanterie comme l’a été la réduction du temps de travail considérée, outre-Atlantique et pendant longtemps, comme «  une farce progressiste  ». Mis en place en France dans les entreprises de plus de 50 salariés par la loi du 1er janvier 2017, le droit à la déconnexion continue pourtant à se diffuser en Europe. Dans son édition du 23 mai 2022, le quotidien britannique salue désormais le rôle pionnier de la France, en titrant  : «  Vive la différence between work and play  ». Sarah White écrit  : «  D’autres pays ont suivi comme l’Italie ou l’Espagne, qui ont instauré leur propre droit à la déconnexion, en 2017 et 2018. L’année dernière, le Portugal a introduit une loi interdisant aux employeurs de contacter leurs salariés en dehors des heures de travail. Et cette année, la Belgique l’a étendu aux fonctionnaires.  » À son tour, c’est l’Union européenne qui s’y intéresse.

La diffusion géographique du droit à la déconnexion n’est pas le seul sujet d’étude du quotidien économique et financier. Comme pour le débat sur les trente-deux heures, la pandémie, en flexibilisant et en intensifiant le travail partout dans le monde, participe de ce revirement de situation et de ce regain d’intérêt. Les pays où ce droit existe ne sont pas épargnés par ce mouvement, note en substance le quotidien, qui souligne les lacunes de la loi française  : «  Il n’existe pas de règles strictes sur la manière dont les employeurs doivent mettre en œuvre les lignes directrices. Le travail en dehors des heures de travail est encore habituel dans de nombreuses entreprises, en particulier celles qui n’ont pas une forte présence syndicale, ou dans certains secteurs à forte pression comme la finance.  »

Le Financial Times s’intéresse aux origines de la loi, aux débats qui l’ont précédée, et souligne le rôle joué par l’Ugict-Cgt dans son élaboration. Ancien secrétaire national en charge des questions numériques, Jean-Luc Molins alerte sur la dégradation de la situation des salariés depuis la crise sanitaire, mise en évidence en particulier par le baromètre Viavoice-Secafi réalisé pour l’Ugict-Cgt  : trois cadres sur quatre y affirment être connectés pour des raisons professionnelles pendant leur temps de repos. Le travail en mode dégradé ayant été la norme, le nombre de cadres qui réclament un droit effectif à la déconnexion y atteint 69  %, contre 60  % avant la pandémie… En introduction de son article, Sarah White évoque un épisode d’Emily in Paris, diffusée sur Netflix  : la jeune héroïne y est sermonnée pour son inaptitude à déconnecter. Peut-être plus pour longtemps…

C. L.