Sexisme : le monde du travail perçu comme le plus inégalitaire

Près de 92 % des Français considèrent que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière dans au moins une sphère de la société… En particulier dans celle du travail, montre un récent rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Édition 045 de Édition de début février 2024 [Sommaire]

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Les hommes de 24-35 ans sont à peine 35% à considérer comme anormal le fait qu’un homme ait un salaire supérieur à celui de sa collègue, à poste égal. © AltoPress / Maxppp

D’après le 6e rapport annuel sur l’état du sexisme en France, établi par le Hce (Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), 77 % des sondés considèrent que les femmes et les hommes ne sont pas réellement égaux dans le monde du travail. C’est le taux le plus élevé : 69 % estiment que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière dans la rue et les transports, ni dans le monde du sport ou de la politique (68 %). Et seuls 36 % pensent que l’égalité est atteinte dans la vie de famille.

6e état des lieux du sexisme en France  : s’attaquer aux racines du sexisme

Rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes

Le rapport du Hce se concentre cette année sur la famille, l’école et le numérique, les «  trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge  ». S’il faut retenir trois chiffres de ce rapport, les voici  : 70 % des femmes estiment ne pas avoir reçu le même traitement que leurs frères dans la vie de famille  ; la moitié des 25-34 ans pensent que c’est aussi le cas à l’école  ; 92 % des vidéos pour enfants contiennent des stéréotypes genrés.

De l’école inégalitaire aux inégalités professionnelles

Plus les années passent, plus l’école est perçue comme inégalitaire. Le dernier rapport sur les inégalités à l’école établi par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) confirme ce diagnostic  : la France reste l’un des pays de l’Ocde les plus inégalitaires en matière d’éducation. L’éducation à l’égalité prévue par la loi n’est toujours pas prodiguée  : deux tiers des personnes interrogées n’ont jamais suivi de séance d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Le sexisme présent à l’école a des conséquences directes sur le choix de l’orientation professionnelle. Certaines filières et métiers continuent d’être perçus comme plus appropriés pour un genre que pour l’autre. Environ 74  % des femmes déclarent ainsi n’avoir jamais envisagé d’études supérieures ou de métier dans un domaine technique ou scientifique, une proportion qui n’est que de 41  % pour les hommes. À l’inverse, le domaine du soin est moins envisagé par les hommes  : 67  % n’ont jamais envisagé d’y travailler, contre 52 % des femmes.

Les femmes représentent moins d’un tiers des effectifs du numérique

Même si les filles font en moyenne des études plus longues, sont plus diplômées et réussissent mieux aux examens, cette «  différenciation primaire a des conséquences en termes d’inégalités professionnelles structurelles  » car les femmes sont toujours sous-représentées dans les filières prestigieuses et pourvoyeuses d’emplois, en particulier les sciences dures. 

Aujourd’hui en France, moins de 30 % des ingénieurs sont des femmes. Le Hce s’alarme particulièrement de ce constat de «  quasi-exclusion des filières numériques les plus prometteuses  ». Il rappelle en effet que les femmes pèsent moins d’un tiers des effectifs de ce secteur appelé à connaître une forte expansion d’ici à 2030, selon les projections de France Stratégie.

Encore trop d’hommes ne voient pas le problème

Le sexisme reste prégnant, s’aggravant même d’une année sur l’autre dans certaines catégories de population, notamment chez les plus jeunes. Le Hce observe ainsi un «  retour aux valeurs traditionnelles  ». Plus d’un homme de 25-34 ans sur cinq considère normal d’avoir un salaire supérieur à celui de sa collègue, à poste égal. 

Les hommes restent moins nombreux que les femmes à prendre conscience des inégalités sexistes et à les condamner. Plus elles concernent des situations «  ordinaires  » ou ont lieu dans le monde du travail, plus l’écart se creuse. Environ 88  % des femmes voient un problème dans le fait qu’un employeur embauche un homme plutôt qu’une femme à compétences égales, contre seulement 64  % des hommes. Qu’un homme commente la tenue d’une femme, 78  % des femmes y voient un problème, contre 60 % des hommes.

La différence de perception est particulièrement criante chez les plus jeunes  : les hommes de 25-34 ans sont seulement 35  % à considérer comme anormal qu’un homme ait un salaire supérieur à celui de sa collègue à poste égal, contre 78  % des femmes du même âge, soit 43 points d’écart  ! «  Il apparaît ainsi une forme de passivité, voire d’hostilité et de résistance à l’émancipation des femmes dans la société, tout particulièrement chez les hommes de 25-34 ans  » observe le Hce.

Les jeunes femmes réassignées à la sphère domestique  ?

Ce sexisme ambiant a bien sûr des conséquences importantes sur la vie des femmes  : elles sont 9 sur 10 à déclarer avoir personnellement subi une situation sexiste. La division nette des rôles sociaux est aussi plus présente dans l’esprit des jeunes femmes de 25 à 34 ans, plus enclines que leurs aînées à penser qu’une femme doit faire passer sa famille avant sa carrière professionnelle (58  % contre 46  % en moyenne). Le rapport s’inquiète de la «  réassignation des femmes à la sphère strictement domestique  » qui s’observe notamment sur les réseaux sociaux à travers le succès des tendances #tradwife («  épouse traditionnelle  ») ou #stayathomegirlfriend («  petite amie qui reste à la maison  » – pour se dédier totalement au confort de son conjoint).

Les clichés de genre s’avèrent de plus en plus ancrés. Plus de la moitié de la population trouve normal ou positif qu’une femme cuisine tous les jours pour toute la famille. Et 34 % des sondés estiment qu’ «  il est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants  », soit 7 points de plus cette année.

Le Hce termine son rapport en soulignant le fait que le sexisme reste prégnant «  parce qu’il est appris et assimilé dès l’enfance, dans le foyer et à l’école, puis véhiculé dans l’ensemble de la société, notamment au sein des sphères médiatiques et numériques.  » Plusieurs préconisations concluent cette étude. Elles portent sur l’éducation à l’égalité, la régulation des contenus numériques et la sanction du délit de sexisme. Concernant le secteur numérique, le Hce suggère de mettre en place des quotas de filles dans les filières de l’informatique et du numérique, avec des programmes d’accompagnement dédiés. Il propose également un système de bonification dans Parcoursup pour les filles qui choisissent les filières numériques, et la mise en place de quotas ainsi que l’utilisation d’indicateurs genrés dans les rapports d’investissement.