Le musée d’Orsay accueille 22 œuvres de James Abbott MacNeill Whistler

Né aux Etats-Unis, formé à Paris où il est fut ami de Courbet, puis installé à Londres, cet artiste raffiné, mondialement célèbre en 1900, avait attiré l’attention du grand collectionneur américain Henry Clay Frick.
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James Abbott Whistler, « Arrangement en gris et noir n°1, ou la mère de l’artiste (1804-1881) », 1871, huile sur toile. Acquis de l’artiste par l’Etat pour le Luxembourg, 1891, Paris, Musée d’Orsay. © Musée d’Orsay, Dist. Rmn-Grand Palais/Patrice Schmidt)

En 1935, la Frick Collection s’ouvrait au public dans la «  mansion  » new-yorkaise du magnat de l’industrie Henry Clay Frick (1849-1919), au demeurant philanthrope et grand collectionneur, notamment d’art européen. A la faveur de travaux en cours dans ses locaux, la Frick Collection a pu prêter au musée d’Orsay un ensemble d’œuvres (soit 4 peintures, 3 pastels et 12 eaux-fortes) de James Abbott McNeill Whistler (1834-1903). A cela s’ajoutent 3 peintures des collections du musée d’Orsay, dont l’admirable portrait austère de la mère de l’artiste, ici reproduit.

Whistler, né en 1834 dans le Massachussetts, après avoir été cadet à l’académie militaire de West Point, accomplit son apprentissage de peintre et de graveur à Paris, entre 1855 et 1859. Il s’installe ensuite à Londres, tout en gardant un lien avec la sphère artistique parisienne. En 1863, il expose à Paris, au Salon des Refusés, avant de devenir, dans les années 1890, l’un des «  phares  » de la nouvelle génération symboliste.

À Londres, il faisait le lien entre le réalisme français et l’avant-garde britannique  

A Paris, il avait étudié auprès du peintre suisse Charles Gleyre, professeur renommé à l’Ecole des Beaux-Arts, qui fut le maître, entre autres, de Manet, Sisley, Bazille et Renoir. Au Louvre, Whistler copiait des tableaux célèbres.

Il avait pour amis Courbet, Fantin-Latour et Legros. Installé à Londres dans les années soixante, il y fit le lien entre le réalisme français et les tenants de l’avant-garde britannique d’alors (les préraphaélites, tournés vers la pureté spirituelle des primitifs, et ce que l’on nommait là-bas l’aesthetic movement).

Des portraits empreints d’une élégance mondaine aristocratique.

C’est en 1863, rappelons-le, que son tableau la Dame blanche (Washington, National Galery of Art), fit scandale à Paris, au Salon des Refusés.

On s’attache avant tout aux portraits, tous en hauteur, empreints d’une élégance mondaine aristocratique, qui rappellent si bien l’univers de Marcel Proust, lequel, dans sa Recherche du temps perdu, s’inspira de Whistler, dandy énigmatique, pour le personnage d’Elstir.

Par association d’idées, Proust revient devant Arrangement en noir et or  : comte Robert de Montesquiou-Fezensac (1891-1892, huile sur toile, 208,5 x 91,8 cm, New York, The Frick Collection). Montesquiou, qui se disait «  le chef des odeurs suaves  », qui fut le modèle avéré de Proust pour la figure excentrique et sulfureuse du baron de Charlus.

Et encore ces deux représentations de femmes, en si subtils camaïeux  : Symphonie en couleur chair et rose  : portrait de Mrs. Frances Leyland (1871-1874, huile sur toile, 195,9 x 102, cm) et Arrangement en brun et noir  : portrait de Miss Rosa Corder (1876-1878, huile sur toile, 192,4 x 92,4 cm).

Des paysages entre chien et loup, dans la plus savante buée chromatique   

Les paysages de Whistler, Symphonie en gris et vert  : l’Océan (1861, 80,6 cm x 101,9) ou encore le Cimetière  : Venise (1879, pastel et traces de dessin au crayon graphite sur papier teinté brun), semblent saisis, entre chien et loup, dans la plus savante buée chromatique

James Abbott McNeill Whistler ne fut pas tout d’une pièce

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James Abbott Whistler, « Tête de vieux fumant une pipe », huile sur toile, vers 1859. (© RMN-Grand Palais, Musée d’Orsay)/Hervé Lewandowski).

Quant aux eaux-fortes à la pointe sèche sur papier Vélin (les Palaisles MendiantsDeux porchesNocturne), elles témoignent, à l’envi, d’une sûreté de main proprement classique.

Plus surprenante, dans un ensemble voué à un toucher hypersensible dans la catégorie de l’art pour l’art, apparaît cette huile sur toile (vers 1859), qui a pour titre Tête de vieux fumant une pipe.

Cette œuvre, qui appartient au musée d’Orsay, renvoie d’un coup, dans sa vérité crue, vue de face, au réalisme social français. Apprécié à la fin de son siècle par des écrivains et des penseurs d’envergure, tels Stéphane Mallarmé et le britannique Ruskin, James Abbott McNeill Whistler ne fut pas tout d’une pièce.

                                                                                               Jean-Pierre Léonardini

  • Jusqu’au 8 mai, musée d’Orsay, niveau 0, salle 0, esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris, tél. : 01.40.49.48.14, musee-orsay.fr