Platines – Cyprien Katsaris : à Saint-Saëns, unique

Enfant prodige, pianiste admiré à travers le monde, compositeur fécond, Camille Saint-Saëns avait une autre qualité : le discernement. Craignant de voir son œuvre résumée à ce seul divertissement, il refusa de son vivant toute représentation publique du Carnaval des animaux. Peine perdue, un siècle après sa mort, si la Danse macabre, le Concerto pour violoncelle ou Samson et Dalila ont acquis le statut de pièces du répertoire, le nom de Saint-Saëns rime pour beaucoup avec cette fantaisie zoologique où les silhouettes sonores des poules et des cygnes côtoient celles plus exotiques des lions et des kangourous. Celui qui plaçait la forme au-dessus de tout et qui était hermétique à l’impressionnisme de  Ravel et de Debussy – qui le lui rendait bien – voit souvent son œuvre réduite à un académisme un peu désuet, laissant peu de place – pour ne pas dire aucune – à la bagatelle. Or, c’est tout le contraire. Derrière le cadre et les formes strictes, percent l’humour, la finesse, la surprise. Amoureux de l’Afrique, de l’Algérie et de l’Égypte, en particulier, sensible à l’art musulman, son œuvre est truffée de références à la musique populaire. La réduction pour piano du Carnaval, de la Symphonie n°3 ou de Samson et Dalila ou d’Africa prive, certes, de la puissance et des couleurs de l’orchestre, mais elle permet, d’une certaine manière, de saisir davantage encore l’originalité de sa musique et l’énergie vitale qui animait un esprit curieux et, avant tout, indépendant.

Ulysse Long-Hun-Nam

Cyprien Katsaris, Saint-Saëns. Le Carnaval des animaux ; Organ symphony et autres œuvres, 2 CD Piano 21 (inclus un DVD), 31 euros.