Les effets de la libéralisation

, , ,
Photo : Laurent Thevenot/Photopqr/Le Progrès/Maxppp
Le changement de statut d’Edf et de Gdf a accéléré le processus.

« Nul ne peut disposer de l’énergie des marées, des lacs et des cours d’eau, quel que soit leur classement, sans une concession ou une autorisation de l’État » : voilà ce que stipule la loi du 16 octobre 1919. Trois opérateurs y sont soumis : la Société hydro-électrique du Midi (Shem), la Compagnie nationale du Rhône (Cnr) et Edf.

Les débuts de la Shem remontent à 1902 : alors que la traction à vapeur n’est pas adaptée aux pentes de montagne, plusieurs compagnies de chemin de fer font le choix de locomotives électriques. Elles obtiennent de l’État la possibilité de construire des barrages dans les Pyrénées et sur la Dordogne. Le premier barrage voit le jour en 1910 dans les Pyrénées-Orientales. La Cnr est créée plus de vingt plus tard, dans le prolongement de la loi Rhône, qui encadre l’aménagement du fleuve. Trois missions lui sont alors confiées par l’État, pour soixante-quinze ans : la production d’hydroélectricité, la navigation et l’irrigation. C’est en 1938 que démarre la construction, dans l’Ain, du barrage de Génissiat, surnommé le « Niagara français ».

En 1946, les moyens de production d’énergie sont nationalisés. La Sncf, qui a hérité des ouvrages hydroélectriques après la nationalisation des chemins de fer, reste propriétaire de ses usines alors que la Cnr se concentre sur un rôle d’aménagement fluvial. Tout change avec la libéralisation du marché de l’électricité : dès le début des années 2000, la Cnr devient productrice indépendante, tout comme la Shem, ce qui implique leur séparation du système hydroélectrique d’Edf. Dans la foulée, Electrabel, filiale du groupe Suez (devenu Engie) entre au capital de la Cnr, comme à celui de la Shem, après un accord de partenariat avec la Sncf.

La loi du 9 août 2004 entérine le changement de statut d’Edf et de Gdf qui, d’établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic), deviennent des sociétés anonymes. La perte du droit de préférence sur les concessions découle de ces changements.

Christine Labbe