Échecs – L’«  étau Maróczy  » n’est pas dû à Maróczy  !

Le nom de ce champion hongrois est resté lié, dans la mythologie des échecs, à une ouverture redoutable. Et pourtant, il n’a fait que réutiliser un système imaginé par un de ses adversaires.

Édition 035 de mi septembre 2023 [Sommaire]

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Pièces d’échecs noires © Deva Darshan/Pexels

Il existe parfois une différence notable entre la conviction populaire et la réalité d’un fait. «  La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître  », écrivait Blaise Pascal (1623-1662) dans ses Pensées.

C’est en 2002, et seulement cette année-là, que la Chambre des représentants des États-Unis a officiellement reconnu que l’invention du téléphone devait être attribuée à Antonio Meucci (1808-1889) et non à Graham Bell. Toujours dans le domaine des avancées techniques, le véritable inventeur de l’ampoule électrique n’est pas Thomas Edison, mais bien Joseph Swan (1828-1914). En matière d’inventions et de découvertes, nul doute qu’il doit exister de très nombreux autres exemples de paternités erronées.

Rudolf Swidersky, un «  soldat inconnu  »

En 1902, au tournoi de Monte Carlo, conduisant les pièces noires, le Hongrois Géza Maróczy (1870-1951) remporta sa partie de la 4e ronde face à l’Allemand Rudolf Swidersky (1878-1909). Cependant, il avait été fortement impressionné par le système d’ouverture de son adversaire. Il avait même souffert longtemps avant de retourner la partie à son avantage.

L’appropriation

Le champion hongrois, l’un des tous meilleurs joueurs du début du XXe siècle, étudia ensuite longuement et sérieusement le système conçu par Swidersky. Puis, lorsque l’occasion se présenta, il l’utilisa en compétition. Très rapidement, dans les salles de jeu, dans les cercles et dans les tournois en Europe, le nom associé à cette fabuleuse formation fut celui du grand champion. Aujourd’hui, elle se nomme toujours «  l’étau Maróczy  ». Quant au véritable créateur, Rudolf Swidersky, son nom tomba dans l’oubli.


Rudolf Swiderski-Géza Maróczy

Monte Carlo (4e ronde), Monaco, 1904. Défense sicilienne.

1.e4 c5 2.c4 Cc6 3.Cf3 g6 4.d4 cxd4 5.Cxd4 Fg7 6.Fe3 Cf6 7.Cc3 d6 8.Fe2 Fd7 9.0–0 0–0 10.h3 Cxd4 11.Fxd4 Fc6 12.Dd3 Cd7 13.Fxg7 Rxg7 14.b4 b6 15.Tfd1 a5 16.a3 axb4 17.axb4 Dc7 18.Cd5 Fxd5 19.Dxd5 Txa1 20.Txa1 f5 21.De6 Ce5 22.exf5 Txf5 23.Ta8 Tf8 24.Txf8 Rxf8 25.c5 dxc5 26.f4 Cf7 27.Fc4 Dxf4 28.bxc5 bxc5 29.Dc8+ Rg7 30.Dxc5 De5 31.Dc8 Cd6 32.Dg8+ Rh6 33.Df8+ Rg5 34.Ff1 De3+ 35.Df2 Dxf2+ 36.Rxf2 Rf4 37.Fd3 Ce4+ 38.Re2 g5 39.Fc2 h5 40.Fb3 e5 41.Ff7 h4 42.Fc4 Cf6 43.Rf2 Re4 44.Ff7 Rd3 45.Fg6+ e4 46.Ff5 Rd2 47.Fxe4 Cxe4+ 48.Rf3 Rd3 0–1


Plus d’un siècle après sa première apparition dans un tournoi international, une éblouissante variante de l’«  étau Maróczy  » fut disputé dans un championnat d’Europe.

Vladimir Malakhov (2675)-Boris Avroukh (2657)

Coupe d’Europe des clubs, Kallithéa, Grèce, 2008. Défense Sicilienne.

1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 a6 5.Fd3 Fc5 6.Cb3 Fe7 7.0–0 d6 8.c4 (c’est cette configuration qui caractérise l’«  étau Maróczy  ». Les deux pions contrôlent b5 ; d5 ; f5 et les blancs vont occuper la colonne d avec une ou plusieurs pièces lourdes.) 8…Cf6 9.Cc3 b6 10.Fe3 Fb7 11.a4 (prend de l’espace à l’aile dame et contrôle une nouvelle fois b5.) 11…Cc6 12.De2 0–0 13.Tfd1 (13.f4 est plus agressif, mais moins solide. Malakhov choisit de «  masser  » tranquillement son adversaire à l’aile dame.) 13…Cd7 (13…Dc7 14.Tac1 et les noirs doivent faire attention à Cd5.) 14.Cd4 Cb4 15.Fb1 ! ? (en conservant le fou, les blancs espèrent accentuer la pression.) 15…Dc7 16.Cc2 Cc6 17.Fa2 ! ? Ff6 18.Dd2 Fe5 19.f3 ! (19.f4 Fxc3 20.Dxc3 ((20.bxc3 est affreux à long terme, les pions sont doublés sur une colonne ouverte.)) 20…Cc5=) 19…Tad8 20.Rh1 (évite un échec possible sur la diagonale g1–a7.) 20…h6 (les noirs ne peuvent toujours pas gagner le pion a : 20…Cc5 21.b4 Fxc3 22.Dxc3 Cxa4 23.Db3 b5 24.Ca3+-) 21.Tac1 a5 ! ? 22.Cb5 Db8

(voir diagramme)

23.f4 ! (avec des pièces bien placées, contrairement à leur adversaire, les blancs jouent soudainement pour l’attaque à l’aile roi.) 23…Fxb2 ? ! (23…Ff6 s’imposait.) 24.Tb1 ! Ff6 25.Cxd6 (la colonne b s’ouvre, en plus de tout le reste !) 25…Fe7 (25…Fd4 ! ? 26.Cxd4 Dxd6 27.Cb5 Dxd2 28.Txd2 Cc5 29.Tbd1 avec avantage blanc) 26.e5 ! (les blancs menacent 27.c5 !) 26…Fxd6 27.exd6 Da7 (un coup horrible pour défendre le pion b6. La dame noire est hors-jeu.) 28.Tb2 ! (un coup très profond, destiné à attaquer sur les deux ailes !) 28…Tb8 29.Fb1 ! (l’idée du coup précédent, le fou vise l’aile roi.) 29…Tfd8 30.Ca3 Fa6 31.Cb5 Fxb5 (31…Db7 ? 32.Fe4+-) 32.axb5 Cb4 33.f5 ! (l’attaque est décisive, les pièces noires sont loin de leur Roi.) 33…exf5 (33…e5 34.Tb3 !+-) 34.Fxh6 ! Ce5 (34…gxh6 ? 35.Dxh6+-) 35.Fxf5 f6 36.Tb3 ! (les blancs ont un pion d’avance et l’attaque est terrible.) 36…Df7 37.Fxg7 (Avrukh abandonne avant : 37…Dxg7 38.Tg3 Dxg3 ((38…Tb7 39.Dh6+-)) 39.hxg3+-) 1–0


Le problème du mois

Étude de L. Prokes, 1943

Les blancs jouent et gagnent

La solution