La Rtt  : une revendication pertinente et pleine d’avenir

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il existe un lien étroit entre temps de travail et répartition des revenus.@BELPRESS/MAXPPP
Pourquoi militer pour la réduction du temps de travail ? Lors d’un hommage rendu le mois dernier à l’économiste Michel Husson, de précieux arguments ont été avancés.

Il était un économiste qui avait fait de la réduction du temps de travail l’un de ses premiers combats. Le 10 juin, un an à peine après sa disparition, un hommage a été rendu à Michel Husson à l’université Panthéon-Sorbonne par plusieurs dizaines de ses pairs, membres des Économistes atterrés, d’Attac ou de l’Ires (Institut de recherches économiques et sociales), trois structures dont il était membre. 

Mathieu Coq, responsable du secteur économique de la Cgt, était présent. C’est à lui qu’il est revenu d’exposer les raisons pour lesquelles le chercheur s’était engagé en faveur des trente-cinq, puis des trente-deux heures. Le tour de la question en cinq citations de Michel Husson.

«  Il existe un lien étroit entre la réduction du temps de travail et la répartition des revenus.  » Ce point était central dans son combat pour la Rtt. Et plus d’une fois, il a dénoncé les conditions de mise en œuvre de la loi Aubry qui, en accordant aux employeurs des allégements de cotisations sociales en même temps qu’une intensification du travail, s’est faite au détriment des salaires, donc d’une meilleure répartition des revenus. En 1980, rappelait-il dans un article écrit avec l’économiste Stéphanie Treillet et paru dans la revue Contretemps, un salarié travaillait en moyenne 9 jours par an pour les actionnaires. En 2016, 26 jours. 

«  Rien ne serait plus faux que de dire que des gains de productivité très élevés [sont] la cause du chômage.  » Cette thèse, Michel Husson l’a défendue sans relâche. Parmi d’autres exemples qu’il aimait prendre, il y avait la comparaison entre deux périodes dans l’histoire française récente  : les années 1945-1975, où le taux de chômage était faible (autour de 2  %) et la période ouverte au milieu des années 1980, qui reste caractérisée par un taux de chômage élevé (autour de 10  %). L’une avait connu une hausse exceptionnelle de la productivité (+ 5  %), l’autre est de ce point de vue quasi atone (de 1  % à 2  %)…

«  La question n’est pas tant de savoir si la durée du travail baisse, mais comment elle baisse.  » Pour symboliser cette vérité que les femmes, premières victimes des temps partiels imposés, connaissent bien, Michel Husson usait de cette formule dans un de ses articles parus sur le site d’Alternatives économiques  : il existe une «  bonne  » et une «  mauvaise  » manière de diminuer le temps de travail. Cette réduction peut être collective, disait-il. Elle peut aussi être dégradée  : «  au prix du temps partiel  ». Au prix du temps partiel, «  elle se fait de manière libérale et inégalitaire  » et «  renforce la division sexuelle du travail  ». Collective donc égalitaire, elle renforce les droits et contribue à une autre répartition des richesses, énonçait-il.

«  La Rtt milite pour un nouveau mode de production non productiviste.  » Ainsi qu’il le défendait, «  la Rtt constitue le moyen de créer massivement des emplois et de satisfaire les besoins sociaux sans forcément en passer par davantage de croissance du Pib  ». Elle est une condition pour «  commencer à contrôler les biens et services dont la croissance apparaît nécessaire (les crèches, les écoles, les hôpitaux, les logements sociaux, les transports en commun, les énergies renouvelables…) et ceux qu’il faudrait faire décroître (la publicité, les emballages, les armes…), donc le contenu qualitatif de la croissance. Elle est donc un axe central du combat pour l’émancipation, dans ses différentes dimensions  »… Invitation au débat.

Martine Hassoun