Urgence sociale pour les intermittents du spectacle

Si les restrictions sanitaires doivent être levées d’ici au 15 février, les professionnels, fragilisés par deux années particulièrement précaires, demandent plus de soutien pour redémarrer leurs activités.

Édition 002 de fin janvier 2022 [Sommaire]

Temps de lecture : 4 minutes

Options - Le journal de l'Ugict-CGT
Occupation de l’Odéon, en 2021. On estime entre 10 000 et 15 000 le nombre de professionnels en grande difficulté. ©IP3 PRESS/MAXPPP
Si les restrictions sanitaires doivent être levées d’ici au 15 février, les professionnels, fragilisés par deux années particulièrement précaires, demandent plus de soutien pour redémarrer leurs activités.

Fin des jauges dans les lieux accueillant du public le 2 février, reprise des concerts debout le 16 février  : la levée des restrictions sanitaires les concernant directement redonne de l’espoir aux intermittents du spectacle. Sauf qu’une tournée ou un projet d’ampleur ne se mettent pas en œuvre du jour au lendemain… Certains, parmi les professionnels de la culture et du spectacle vivant, particulièrement précarisés par dix-huit mois d’arrêt quasi total, ont d’ailleurs jeté l’éponge, faute de pouvoir travailler ou toucher le chômage partiel. Outre ceux qui ont dû changer d’activité, de 10 000 à 15 000 des 110 000 professionnels se trouvent dans une situation sociale préoccupante, et ne pourront pas toujours rebondir.

Les intermittents du spectacle, particulièrement soutenus par la Cgt Spectacle (la Fnsac – Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle), mènent des actions en permanence pour que les pouvoirs publics ne les oublient pas. Tout au long de la crise sanitaire, ils ont arraché des mesures de soutien et de prolongation de leurs droits. Ainsi, le chômage partiel a été reconduit, par des concessions successives et limitées, à chaque fois que des restrictions sanitaires ont mis à l’arrêt la vie culturelle. L’accès dérogatoire à l’activité partielle a été accordé lors du premier confinement (dès le 17 mars 2020), réactivé le 10 décembre 2020 lors du deuxième confinement, et durant les dernières restrictions sanitaires de la fin 2021.

«  Pas de prestation, pas de cachet… pas de droits sociaux  »

Le dispositif d’ouverture des droits au régime des intermittents du spectacle a également été aménagé, prolongeant les droits des bénéficiaires par une «  année blanche  » de seize mois, durant lesquels il ne leur a pas été demandé de justifier du quota d’heures travaillées requis  : 507 heures sur douze mois. Dispositif, comme celui du chômage partiel, qui n’a pour l’heure pas été prolongé pour 2022. «  Le 6 janvier, la ministre [Roselyne Bachelot, à la Culture] a reçu les employeurs du secteur pour les rassurer, et un soutien financier important a permis de maintenir à flot les grosses structures affectées par la pandémie, rappelle Denis Gravouil, secrétaire général de la Fnsac-Cgt. Pour les intermittents, ça a été beaucoup plus difficile d’être indemnisés. Les annulations ou reports pendant les fêtes de fin d’année ont été particulièrement catastrophiques  : pas de prestation, pas de cachet… pas de droits sociaux.  »

Les mesures gouvernementales de prolongation des droits ont certes évité à la moitié des artistes et à un tiers des techniciens d’être exclus du système, mais pas toujours dans des conditions avantageuses, conditions qui dépendent du moment où ils ont déclaré ou pas des contrats et des heures de travail. Le régime de l’assurance chômage des intermittents du spectacle est en effet d’une grande complexité, non seulement pour pouvoir ouvrir des droits aux allocations, mais aussi pour pouvoir les prolonger. Plus préoccupant encore, le ministère s’était engagé à soutenir les jeunes entrant dans les métiers du spectacle, qui n’avaient pas encore eu le temps de cumuler le nombre de cachets et le nombre d’heures de travail suffisants pour obtenir le statut d’intermittent. Les jeunes musiciens, acteurs, techniciens sont restés sans activité, sans revenus, sans protection sociale, alors qu’ils sortent d’écoles professionnelles ou de conservatoires qui devraient leur assurer une activité dans le secteur. «  Le ministère assure avoir pris en charge quelque 3 000 jeunes, par le biais de soutien à des associations notamment, indique Denis Gravouil. C’est très peu pour maintenir un vivier en situation d’entrer dans nos métiers dans des conditions supportables.  »

Éviter que le vivier d’artistes et de techniciens se précarise et se tarisse

Les intermittents demandent donc d’urgence la relance d’un fonds d’aide et de soutien à l’emploi. Ils attendent aussi que le ministère prenne d’autres mesures qui permettraient de maintenir le volume d’emploi et les droits sociaux. Par exemple, garantir que les structures subventionnées honorent leurs contrats ou que tous ceux qui bénéficiaient d’une promesse d’embauche formalisée sur la période touchée par les fermetures et les reports puissent être indemnisés  ; ou que les entrants dans le régime des intermittents puissent bénéficier de certains fonds de soutien dès leur premier contrat. La prolongation du dispositif pour les jeunes intermittents, son extension aux plus de 30 ans et l’abaissement du quota à 250 heures sur douze mois sont également espérés.

Les intermittents ont non seulement besoin de temps pour se remettre de cette période d’inactivité forcée, mais aussi pour démarrer ou redémarrer leur activité, qui risque de fonctionner encore pendant des mois en mode dégradé, en particulier s’agissant des petites structures – quand elles n’ont pas disparu. «  Il y a encore beaucoup d’incertitudes, rappelle encore Denis Gravouil. De nouvelles restrictions peuvent être annoncées du jour au lendemain, et rien ne dit que le public reprendra ses habitudes rapidement. Sans parler des limites posées par la pandémie et le passe vaccinal, qui pèseront également sur les professionnels si on veut assurer la sécurité de tout le monde.  »

Répression syndicale 

La Cgt appelle à un rassemblement le 31 janvier à 10 h devant le commissariat central de la Préfecture de police du 4e arrondissement de Paris (27, boulevard Bourdon), en soutien à Denis Gravouil, convoqué par le préfet de police pour « Manifestation sans déclaration préalable ».

Alors que toutes les occasions sont bonnes pour témoigner d’un zèle répression à l’égard des libertés publiques et syndicales, les faits reprochés au secrétaire général de la Cgt spectacle sont un rassemblement d’intermittents du spectacle, le 19 janvier, place du Palais royal (proche du ministère de la Culture). Un rassemblement, dans le plus grand calme, qui s’est soldé par des prises de contact avec les conseillers de la ministre : et c’est tout.

Valérie Géraud

,