À Montmartre, le surréalisme au féminin est multiplié par 50
Une exposition de haut vol met en lumière des artistes et poétesses pour la plupart méconnues qui, des années 1930 aux années 2000, ont adopté et mis en pratique les préceptes du grand mouvement de libération de l’inconscient.
L’exposition « Surréalisme au féminin ? » que propose, jusqu’au 10 septembre, le musée de Montmartre, s’avère exceptionnelle à maints égards. D’abord, parce qu’on s’y attache à révéler des femmes artistes et poétesses mésestimées par le marché de l’art, qui furent pourtant des actrices majeures du mouvement surréaliste.
C’est ainsi qu’annoncent leur projet les commissaires de l’exposition : Alix Agret, historienne de l’art, et Dominique Païni qui, entre autres fonctions, a dirigé la Cinémathèque française puis le Centre Pompidou de 2000 à 2005. Ils précisent, de surcroît, que l’exposition « est conçue comme une hypothèse plutôt que comme une démonstration, d’où le point d’interrogation du titre ».
Il s’agit de l’inventaire, non exhaustif, d’une cinquantaine de personnalités dont les créations, des années 1930 aux années 2000, vont au-delà de la dissolution officielle du Groupe surréaliste, en 1969. « Leurs pratiques fréquemment interdisciplinaires, précisent les commissaires, qu’elles soient picturales, photographiques, sculpturales, cinématographiques ou littéraires, traduisent leur volonté de s’affranchir des genres artistiques conventionnels, des normes sexuelles et des frontières géographiques. »
Le surréalisme a offert aux femmes un cadre d’expression et de créativité exceptionnel, mais cela pouvait aller de pair avec une instrumentalisation « poétique » de l’identité féminine, aux effets sensiblement pervers.
« Les femmes pouvaient être autorisées mais non nécessaires »
Avant d’être vue comme une artiste, la femme, chez les surréalistes, perpétuant un idéalisme romantique chauffé à blanc, devait être muse, femme-enfant, incarnation fantasmée de Mélusine, objet d’amour fou… Les maîtres fondateurs – Breton, Aragon, Éluard – n’avaient-ils pas, en ce sens, donné le la ? Ithell Colquhoun (1906-1988), bien représentée dans l’exposition, a pu dire : « Les femmes pouvaient être autorisées mais non nécessaires. »
Le geste même de l’exposition est certes féministe. Ses organisateurs considèrent néanmoins que si ces artistes femmes étaient encore vivantes, « beaucoup d’entre elles auraient pourtant, sans doute, repoussé l’invitation, refusant d’être réduites à leur identité féminine ».
Le parcours est proprement fascinant, tant est flagrante la multiplicité des formes en jeu, toujours tournées vers la novation sans frontières. Si certaines des artistes sont moins inconnues, toutes bénéficient, dans le catalogue, d’une notice biographique éclairante. Lee Miller (1907-1977) a pratiqué la solarisation avant de devenir reporter de guerre jusque dans l’Allemagne vaincue. Dora Maar (1907-1997) ne fut pas que La Femme qui pleure de Picasso. On lui doit de bien étranges photomontages.
« J’ai tranché dans le vif pour atteindre au cœur de l’armure »
Toyen (1902-1980) sut cultiver le rêve à des fins érotiques, tandis que Bona de Mandiargues (1926-2000) a manié les ciseaux avec humour. « J’ai retourné les vestes d’homme, a-t-elle dit, (leur carapace), j’ai tranché dans le vif pour atteindre au cœur de l’armure, de la protection. Ainsi faisant, je crois avoir senti quelque volupté ! »
Dorothea Tanning, à l’étonnante longévité (1910-2012), à la fois romancière, poétesse, scénographe, sculptrice et peintre, n’hésita pas à jouer de fantasmes érotiques à l’aide d’insolites matériaux : fourrure, feutre, dentelle, étoffes en tout genre.
Leonora Carrington (1917-2011), fille de bonne famille britannique, n’a cessé de conquérir sa liberté. En 1936, elle rompt avec les siens et s’installe en France avec le peintre surréaliste allemand Max Ernst, auteur, en 1929, d’un formidable « roman-collage » intitulé La Femme 100 têtes. En 1939, Ernst est arrêté. Leonora, bouleversée, est internée en hôpital psychiatrique en Espagne. Elle a raconté, dans Down Below (1945), en mots et en images, son expérience de la folie, avant de gagner le Mexique, où elle a cultivé d’admirables visions alchimiques.
On comprendra aisément que le recensement complet d’une exposition d’une telle envergure est impossible dans un article de presse. On ne peut conclure qu’en exhortant lectrices et lecteurs à aller y voir de près.
Jusqu’au 10 septembre, au musée de Montmartre-Jardins Jean-Renoir, 12 rue Cortot, Paris 18e. https://museedemontmartre.fr. Beau catalogue : 29 euros.
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