Platines – Un duo de ténors magnifient le baroque italien

Rares sont les symboles à frapper autant l’imagination que le miroir. Outil de la quête – l’étymologie du mot renvoie au latin speculum, qui a donné spéculation, en français –, il invite à la méditation sur l’essence même de la chose qu’il réfléchit et sur son reflet, suggérant la vérité comme le mirage, la sincérité comme l’instabilité. Quoi de plus normal, alors, pour l’ensemble I Gemelli («  les jumeaux  »), fondé en 2018, de s’emparer du thème et de l’illustrer avec des pièces du répertoire du début du XVIIe siècle, dans lequel il s’est spécialisé.

Art du mouvement, du contraste, de l’irréel et de la métamorphose, le baroque connaît à cette époque un nouvel élan sous l’impulsion des Italiens. Dans le sillage de Monteverdi, ils apportent au madrigal (court poème mis en musique) une touche plus sensible et plus raffinée, puisant dans la tradition théâtrale pour allier plaisir des sens et de l’intellect.

La traduction en disque par Zachary Wilder et par Emiliano Gonzalez Toro, membre fondateur d’I Gemelli, est un délice. Dès les premières notes de la Damigella lutta bella, de Vincenzo Calestani, la complémentarité des deux timbres et leur musicalité est évidente, joue subtilement des reflets, des échos et des variations.

À l’exception de Frescobaldi, connu des amateurs de clavecin, et d’India, les pièces choisies pour le programme sont l’œuvre de musiciens quasi inconnus et à la personnalité complexe, voire mystérieuse, exprimant, derrière le charme et la pétulance des mélodies, les bonheurs et les servitudes de l’amour, l’orgueil, le refuge dans la mort. Pour ne citer que quelques-unes des nombreuses pépites du disque : La vecchia innamorata, de Biagio Marini ; Intenerite voi, d’Angelo Notari ; Quella che tanto, de Bellorofonte Castaldi. Les instrumentistes, eux, sont au diapason des chanteurs.

Ulysse Long-Hun-Nam

Ensemble I Gemelli, A Room of Mirrors, 1 Cd Gemelli Factory, 20 euros.