Platines – Pergolèse aux premières loges

Qu’est-ce qui, depuis sa création, en 1736, fait la popularité du Stabat Mater de Pergolèse ? À une époque où la parodie n’avait pas la connotation négative qu’elle a aujourd’hui, sa reprise par Bach en 1740, par Hiller en 1773, ou par Paisiello en 1810 lui a assuré une large diffusion.

Mais ça ne saurait être la seule explication. Écrite deux mois avant la mort de son auteur à l’âge de 25 ans, l’œuvre fascine autant par son identité stylistique que par sa tonalité émotionnelle entre profane et sacré, humain et divin, recueillement et verve.

Évoquant la souffrance de Marie lors de la crucifixion de Jésus, le Stabat s’appuie sur une structure légère : deux voix, un ensemble à cordes et basse. Pour cette version, Julien Chauvin, le directeur musical du Concert de la loge, a fait appel à la soprano Jodie Devos et à la mezzo-soprano Adèle Charvet  ; le chœur, tenu par la maîtrise de Radio France, a été intégré dans la narration, ajoutant à l’expression de douleur.

L’autre parti pris étonnera celles et ceux qui ne jurent que par le Gaffiot pour prononcer le latin. Ici, il n’est pas question de prononcer les «  u  » «  ou  », mais bien «  u  », les «  j  » «  je  » et non «  ye  », comme on l’entendait à Paris, au XVIIIe siècle.

Et alors  ? Alors, on se laisse vite convaincre par le mariage des timbres des deux chanteuses – clair et agile, d’un côté, grave un peu suave, de l’autre –, par la manière de marquer certains accents et ornements d’une touche lyrique ou presque gaillarde – Cf. le Quae moerebat et l’Inflammatus. Le Concert de la loge, lui, se montre léger, rendant toute sa dynamique interne à l’œuvre. 

Ulysse Long-Hun-Nam

Le Concert de la loge,
Maîtrise de Radio France, Julien Chauvin,
Pergolesi. Stabat Mater,
1 Cd Alpha Classics, 18 euros.