Platines : Figure de la Renaissance – la clé du chant

,

Et si l’on commençait 2022 avec Josquin Desprez  ? Génie français de la polyphonie vocale et du canon disparu il y a cinq cents ans, le 27 août 1521, Josquin Desprez (parfois orthographié «  des Prés  ») a influencé tout le développement de la musique occidentale en instaurant un nouveau rapport entre la musique et le texte.

À la longue liste des musiciens qui lui auront rendu hommage il convient désormais d’ajouter l’ensemble thélème (avec un petit t), qui confronte la musique ancienne à celle du xxe siècle. Jean-Christophe Groffe et ses compagnons reprennent ainsi 19 chansons du Picard et les associent aux sonorités des ondes Martenot (1928), d’un piano électronique Fender Rhodes et d’un synthétiseur Buchla (années 1970).

Le résultat  : l’univers du Picard se fait plus feutré, la dimension expressive plus grande, empreinte d’amour, de grâce, de mélancolie. Le dosage de voix, subtil, ouvre de nouvelles possibilités dans la souplesse du phrasé et le tissage des timbres. L’apparition par petites touches de l’électronique, parfois à peine audible, rend l’expérience riche (Qui belles amour a), intense, troublante (Guillaume se va chauffer). Aux moments de pure beauté (Fama malum) succèdent ceux où on se croirait quelque part entre la chanson de geste et Ennio Morricone (Adieu mes amours, pour luth et ondes Martenot). Josquin excella aussi dans le domaine de la musique sacrée. Il contribua à la rendre plus humaine, en fit un miroir des passions. Cela lui valut d’être surnommé le «  maître des notes  » par Luther. D’autres, encore, le comparèrent à Michel-Ange. Pour l’histoire, Josquin reste «  Josquin  ».

Baisiez moy

De Josquin Desprez. Interprètes : Jean-Christophe Groffe, thélème. 1 CD. Aparté. 22 €.