Syndicalisme : des unions locales, pour quoi faire ?

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En 2022, la Cgt compte 810 Unions locales qui syndiquent et organisent plus de 10% de ses adhérents. ©IP3 Press/MaxPPP
À huit mois du congrès confédéral, plus de 250 militants de la Cgt se sont retrouvés en octobre dernier pour une conférence sur les unions locales. Une initiative inédite depuis 2007.

Les unions locales ne sont pas seulement au cœur de l’histoire de la Cgt. Elles sont aussi celles qui peuvent préparer son avenir. Le combat actuel de l’UL de Roussillon-Beaurepaire, en Isère, pour résoudre la difficulté des habitants à se soigner sur son territoire, en est sans doute l’un des meilleurs symboles. Interpellée en 2020 par ses retraités sur le sujet, sa commission exécutive prend très vite la décision de monter un dossier pour la création d’un centre de santé dans ses alentours. Elle ne le fait pas seule, mais avec ses syndicats affiliés et avec la fédération Cgt de la Santé. Tant et si bien que le vice-président de l’Union syndicale des médecins de centres de santé (Usmcs) décide de l’aider à parfaire son projet. Rien n’est encore gagné, mais le dossier est pris au sérieux tant par les élus que par l’Agence régionale de santé…

L’incontestable article 14 des statuts confédéraux 

Les 11 et 12 octobre, plus de 250 militants, secrétaires d’unions locales ou départementales et responsables syndicaux d’entreprises étaient réunis à Montreuil pour une conférence sur les unions locales. Il a été question de l’initiative prise à Roussillon-Beaurepaire, de même que de l’engagement des UL de La Défense, de Saint-Nazaire, de Carquefou ou encore de Metz pour aller à la rencontre de tous les salariés que le syndicalisme a encore parfois du mal à organiser  : cadres, personnels de la sous-traitance ou privés d’emploi. Une rencontre destinée à faire connaître ce qui l’est encore trop peu  : l’activité de la Cgt sur les territoires, pour envisager ensemble les moyens de conforter les structures qui animent cette activité.

Nul n’a contesté l’article 14 des statuts confédéraux affirmant la place centrale des syndicats dans les unions locales de même que le «  lieu privilégié  » que celles-ci représentent dans les solidarités interprofessionnelles et la définition de revendications communes. Mais en introduction aux débats, Nathalie Bazire, secrétaire générale de l’UD de la Manche et pilote du collectif confédéral Structurations professionnelles et territoriales a rappelé la nécessité pour la Cgt d’évaluer la place et les moyens attribués à ses structures à l’aune de l’éclatement des services publics, de l’explosion de la précarité ou des transformations des organisations du travail.

Plus de 10  % des syndiqués de la Cgt le sont dans les UL

Quel rôle les UL peuvent-elles jouer dans ce cadre pour accroître la force et l’efficacité du syndicalisme  ? Il existait 865 UL en 2007  ; il en reste 810 en 2022. Le chiffre est conséquent, mais il révèle le défi lancé à toute la Cgt  : l’adaptation au monde tel qu’il est. Le syndicat n’a pas à rougir de ses résultats  : aujourd’hui, les unions locales sont celles qui syndiquent et organisent plus de 10  % des adhérents de la Cgt, soit 63 439 «  individuels isolés  » sur les 605 603 adhérents que compte l’organisation, ainsi que l’a précisé le 11 octobre Valérie Lamoot, conseillère au pôle confédéral Ressources et données. 

Mais comment intégrer ces nouveaux syndiqués, dont 27  % relèvent du commerce, 11,5  % de la santé, 10  % de la métallurgie et 9,3  % de l’agro-alimentaire  ? Jusqu’où les UL peuvent-elles, doivent-elles répondre à la demande de ces nouveaux syndiqués  ? La pertinence de l’accueil et du conseil juridique assurés dans les UL a été particulièrement discutée. Pour certains c’est une activité déplacée, risquant de tirer la Cgt vers un «  syndicalisme de service  »  ; pour d’autres c’est un passage obligé pour prendre contact avec des populations isolées. Le débat n’a pas été tranché.

Les UL comme antidote à l’institutionnalisation des syndicats

Mais l’échange n’en est pas resté là. Il a aussi été question des moyens mis à disposition par les syndicats pour développer les UL. Pour répondre au manque d’engagement militant des syndiqués dans ces structures, proposition a été faite de pouvoir rattacher les syndiqués non plus seulement à l’UL couvrant leur lieu de travail, mais aussi à celle couvrant leur lieu d’habitation. Suggestion a aussi été faite de fixer statutairement les moyens que chaque syndicat doit débloquer pour aider l’organisation à agir au plus près des salariés.

Dire que ces suggestions ont été soutenues largement serait une erreur. Mais l’idée selon laquelle, comme l’a expliqué Nathalie Bazire, les UL sont aussi des lieux de mutualisation des luttes et des revendications qui permettent de combattre l’institutionnalisation dans laquelle le patronat veut enfermer les syndicats, a été clairement exprimée. Et le témoignage d’un syndicaliste de l’énergie racontant comment son syndicat est sorti de la crise dans laquelle il s’enfonçait en découvrant dans son union locale la situation des sous-traitants et, avec elle, celle des travailleurs détachés, n’a fait que corroborer cette analyse. Depuis, ce syndicat a créé, avec toutes les entreprises concernées, une UL de l’énergie.

À quoi servent les unions locales  ? Quels doivent être leur rôle et leurs fonctions  ? La rencontre des 11 et 12 octobre avait aussi fonction à préparer les débats du 53e congrès confédéral, qui se tiendra dans huit mois à Clermont-Ferrand. Pari tenu, affaire à suivre.

Martine Hassoun