Ensemble pour les salaires, avec la coordination Cgt du Quai Roosevelt

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Rassemblement de la coordination Cgt du Quai Roosevelt sur l’esplanade Henri-de-France, devant France Télévisions, en juin dernier. DR.
Coordination inédite, elle réunit les salariés de ce territoire des Hauts-de-Seine où sont concentrés des milliers d’ingénieurs, de cadres et de professions intermédiaires. Première action le 26 juin, dans le sillage de la lutte pour une augmentation des salaires chez Capgemini.

Sur le parvis de France Télévisions, en ce jeudi 23 juin, les drapeaux syndicaux témoignent de la diversité des professions rassemblées pour demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Capgemini, Ausy, Orange, Sopra Steria, France Médias Monde, Microsoft, Thales… tous sont réunis dans la coordination Cgt du Quai Roosevelt, où sont concentrés, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), des milliers d’emplois d’ingénieurs, de cadres et de professions intermédiaires, dans les secteurs des sociétés d’études, de la métallurgie, des télécommunications ou des médias.

Dans un communiqué, la coordination avertit : « On fait grève, on se rassemble et on marche ! » Partis du siège de Capgemini, quai Roosevelt justement, où l’intersyndicale se bat depuis deux mois pour des augmentations générales de salaires, les manifestants ont rejoint le siège de France Télévisions, en soutien au combat contre la suppression de la contribution à l’audiovisuel public. C’est la première action de la coordination Cgt du Quai Roosevelt, qui réunit plus de vingt syndicats, ainsi que la Commission départementale de l’Ugict et l’Ud Cgt 92 : en solidarité notamment avec les salariés de Capgemini.

Se regrouper autour de revendications communes

À la suite de l’ouverture des négociations annuelles obligatoires (Noa), six des huit syndicats de l’entreprise se sont en effet lancés dans une lutte conjointe inscrite dans la durée, avec assemblées générales virtuelles, débrayages et grèves perlées. Les propositions de la direction étant jugées insuffisantes alors que Capgemini affiche des « résultats mirobolants », les syndicats ont refusé de signer, contrairement aux années précédentes, dans un contexte d’inflation galopante. En réalité, les augmentations proposées ne concernaient que 3 000 des 28 000 salariés de l’entreprise. C’est ce qu’explique Sophie Fratczak, secrétaire générale Cgt de Capgemini, en réaffirmant la revendication d’une augmentation de 2 500 euros annuels pour tous les salariés.

La coordination veut ainsi faire la démonstration qu’il est « possible de se regrouper autour de revendications communes », à commencer par celles sur les salaires. En font aussi partie les représentants Cgt d’Orange, où la situation est également critique. Si les salaires n’augmentent pas, les dividendes se portent bien : 2,4 milliards d’euros en 2021.

Réduction des effectifs et mal-être au travail chez Orange

À ce mécontentement salarial s’ajoute le mal-être au travail, sur fond de réduction d’effectifs : seulement un salarié sur douze est aujourd’hui remplacé à son départ. Anthony Toueilles, délégué Cgt Télécom Paris, alerte sur des conditions de travail aussi dégradées qu’en 2006, lorsque l’entreprise avait été touchée par une vague de suicides. Depuis février, quatre salariés ont d’ailleurs mis fin à leurs jours. C’est dire si le plan de réduction des effectifs d’Orange – 10 000 emplois seraient concernés d’ici à 2025 – ne passe pas. La coordination du Quai Roosevelt pourrait aussi mobiliser pour appuyer les salariés d’Orange. 

À terme, l’objectif est de réunir les salariés des Hauts-de-Seine – qui comptent 1 million de travailleurs, dont plus de 66 000 cadres, ingénieurs et professions intermédiaires – et de les faire converger autour de thématiques communes : les salaires certes mais aussi les conditions de travail, l’organisation du travail ou la retraite… 

Cette démarche collective vise également à envoyer un message aux salariés d’entreprises où le taux de syndicalisation est faible. « Dans toutes les entreprises nous luttons, nous ne sommes donc pas isolés. C’est le message que nous voulons porter », explique Élisabeth Ornago, secrétaire générale de l’Ud Cgt du 92. La coordination se conçoit donc comme une chaîne de solidarité destinée à donner du poids aux salariés en lutte.

Emmanuelle Lavignac, secrétaire nationale de la fédération Cgt des Sociétés d’études, et membre du bureau l’Ugict-Cgt, pointe quant à elle l’une des ambitions de cette coordination inédite : rassembler les salariés des entreprises du Cac 40 qui sont presque toutes voisines.

« C’est là que se décide la politique économique, et donc les conditions de travail des salariés. C’est donc là que la Cgt doit être », insiste-t-elle. En substance, la coordination prévient : à l’avenir, nous serons tous présents les uns pour les autres.

Arthur Brondy et Lennie Nicollet