Audiovisuel public : forte opposition à la suppression de la redevance

Avec 3,2 milliards d’euros par an, le problème du financement de l’audiovisuel public reste entier. @IP3 PRESS/MAXPPP
Alors que les salariés étaient massivement en grève, le 28 juin dernier, l’intersyndicale demande le maintien d’une ressource affectée à l’audiovisuel public.

À proximité de la gare Montparnasse, à Paris, les manifestants réunis en ce 28 juin travaillent pour leur grande majorité dans les médias publics, à savoir France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, Arte ou l’Ina. Ils sont journalistes ou techniciens et sont inquiets pour l’avenir du service public, alors que le président de la République s’est engagé à supprimer la contribution à l’audiovisuel public.

Avec cette annonce, Emmanuel Macron a, durant la campagne électorale, pris tout le monde de cours. « Dans les commissions, tout le monde était d’accord pour faire évoluer la redevance, mais certainement pas pour la supprimer, relève Emmanuel Vire, secrétaire général du Snj-Cgt. Mais le président de la République a un problème avec l’audiovisuel public qu’il avait qualifié de “honte de la république”. » C’était en 2017, devant les députés de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, comme le rappelle le Snj-Cgt dans sa pétition « L’audiovisuel public en danger »

« Sans redevance, rendez-vous en terre inconnue »

Pas de bulletins d’information ni sur France Inter, ni sur France Info, ni dans Télématin… c’est dès le réveil des Français que la journée de mobilisation a débuté, avant de prendre la forme d’une manifestation à la mi-journée, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales. Direction l’Assemblée nationale où les députés sont attendus pour débuter officiellement la nouvelle mandature.

Cette mobilisation de rue est un succès selon les syndicats. « Je n’ai pas souvenir d’une manifestation des seules entreprises de l’audiovisuel public en trente années d’entreprise. Nous étions entre 1 000 et 2 000, et cela a même surpris la préfecture de police de Paris ! », s’amuse ainsi Lionel Thompson, délégué Snj-Cgt à Radio France.

Dans le cortège, les drapeaux syndicaux côtoient des pancartes qui pour beaucoup détournent les titres des émissions de France Télévisions. « Supprimer la redevance, C’est politique », « Sans redevance, rendez-vous en terre inconnue », « Sans redevance, investigation sans cash ». Les journalistes des antennes régionales de France Télévisions sont aussi venus en nombre. Une banderole des équipes de France 3 à Poitiers affiche : « L’info de proximité est un bien de service public. »

Des moyens pour financer l’audiovisuel public

Sur le parcours, la sono du camion Cgt passe le titre Respire encore de Clara Luciani et c’est précisément ce que réclament les salariés du service public : des moyens pour financer l’audiovisuel public et garantir leur indépendance, sans quoi celui-ci étoufferait, comme l’hôpital ou l’école. 

Pour les syndicats, l’enjeu est de maintenir la pression dans un contexte compliqué. « Le calendrier n’est pas facile pour nous, du fait des départs en vacances. Mais c’est maintenant qu’il faut agir », indique Lionel Thomson. Débute donc une course contre la montre, avec « un travail de lobbying intensif intersyndical auprès des parlementaires », souligne Emmanuel Vire. « En région nous allons continuer à rencontrer nos députés autant que possible, même ceux de la majorité », confirme Guillaume Le Gouic, secrétaire général du Snj-Cgt de France Télévisions.

Pour une garantie d’indépendance financière et éditoriale

Si l’argument avancé par le gouvernement pour supprimer la redevance est de rendre du pouvoir d’achat aux Français, cet argument est contesté tant par les sociétés de journalistes que par les syndicats. La Société des journalistes de France 2 a, par exemple, rappelé que la contribution revient à seulement 11 euros par mois et par foyer et donne accès à une grande diversité de programmes. C’est l’équivalent de 38 centimes par jour et par foyer.

C’est un financement pluriannuel pour l’audiovisuel public qui est aujourd’hui évoqué par l’exécutif. « La ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, propose aussi la mise en place d’une instance indépendante chargée de veiller à l’indépendance financière et éditoriale de l’audiovisuel public », précise le secrétaire général du Snj-Cgt. Mais de nombreuses questions restent floues. Après le vote de loi, comment sera financé l’audiovisuel public ? Pour le moment, rien ne le précise. Si le gouvernement assure vouloir compenser les sommes jusqu’alors issues de la redevance, (3,2 milliards d’euros en 2021) à France Télévisions notamment, les inquiétudes sont vives.

 Dans une lettre ouverte au président de la République, l’intersyndicale prévient : « Intégrer le budget de l’audiovisuel public dans le budget de l’Etat aurait pour effet de précariser les ressources et conduirait à mettre en oeuvre de nouveaux plans d’économies drastiques dans des entreprises déjà saignées à blanc. Jamais le gouvernement de pourra garantir un budget en mode pluriannuel en raison des priorités du moment qui ne manqueront pas de s’imposer ». Guillaume Le Gouic se souvient en effet qu’en 2008, au moment de la suppression de la publicité après 20 heures, l’Etat s’était engagé à compenser la perte à l’euro près. « Les deux premières années, ce fut le cas. Après, il a fallu faire des économies…»

La mobilisation est donc destinée à s’inscrire dans la durée. « À nous de mobiliser l’ensemble de la profession au-delà des salariés de l’audiovisuel public. Il faut que l’ensemble des journalistes se sentent attaqués par la suppression de la redevance », explique Emmanuel Vire. À Radio France, une nouvelle journée de mobilisation n’est pas exclue au cœur de l’été, alors que la suppression de la contribution devait être soumise au vote des députés, dès le 21 juillet.

Arthur Brondy