Platines – Un petit air de piano venu de Kiev

À l’origine, la dumka est une chanson populaire ukrainienne au caractère rêveur et méditatif. En 1891, elle inspire le compositeur tchèque Anton Dvořák, qui lui consacre un trio pour piano. Avant, elle avait séduit les Russes, au premier rang desquels Tchaïkovski, avec un op.59 publié en 1886, opportunément baptisé Scène rustique russe, dont la forme rhapsodique tranche avec la Romance en faécrite dix-huit ans plus tôt et au lyrisme voisin de Chopin. Avec Glinka et Borodine, la dumka prend un tour joyeux, fantasque, un peu mélancolique – La Séparation,La Petite Suite –, empreint de délicatesse, comme chez Ella Adaïewsky, auteure d’une exquise Gavotte. 

Qui était Ella Adaïewsky ? Née Elisabeth von Schultz en 1846, elle se fit d’abord un nom en tant que pianiste, puis comme compositrice, plaidant en faveur de l’abolition du servage. Elle fut aussi une pionnière de l’ethnomusicologie. C’est l’autre intérêt de ce disque signé Jasmina Kulaglich : sortir de l’ombre des musiciennes, comme Leokadiya Kashperova, louée à l’époque pour la grâce de sa musique, ou Tatiana Nikolaïeva. 

Amie proche de Chostakovitch dont elle créa les Vingt-quatre préludes et fugues, Tatiana Nikolaïeva fut découverte sur le tard en Occident. Son dernier témoignage au disque fut, quelques mois avant sa mort, en1993, un Art de la fugue, qui résonne longtemps aux oreilles de qui l’écoute. Elle excellait aussi dans l’interprétation et l’écriture de pièces brèves. Son Album pour enfants rappelle les Scènes d’enfants, de Schumann. Une suite de neuf miniatures joliment ciselées, où se côtoient une valse nostalgique, une irrésistible boîte à musique et un Galop qui clôt cette heure dix de musique dans un grand sourire.

Jasmina Kulaglich (piano), Dumka,  1 Cd Calliope, 20 euros.

Ulysse Long-Hun-Nam