Paulette Schwartzmann et les réfugiés juifs

D’origine russe, six fois championne de France dans les années 1920, Paulette Schwartzmann profita des Olympiades de septembre 1939 en Argentine pour demander l’asile politique. Comme elle, plusieurs joueurs d’échecs juifs saisirent l’occasion pour fuir l’Europe en train de basculer dans l’horreur.

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Pièces d’échecs noires © Deva Darshan/Pexels
D’origine russe, six fois championne de France dans les années 1920, Paulette Schwartzmann profita des Olympiades de septembre 1939 en Argentine pour demander l’asile politique. Comme elle, plusieurs joueurs d’échecs juifs saisirent l’occasion pour fuir l’Europe en train de basculer dans l’horreur.

En septembre 1939, Erich Eliskases, champion d’Autriche, Mieczyslaw Najdorf, champion de Pologne, ainsi que de nombreux autres participants d’origine juive, venus surtout d’Allemagne et d’Autriche, mais aussi d’autres pays d’Europe, profitèrent des Olympiades qui se déroulaient en Argentine pour demander l’asile politique. Tous furent favorablement accueillis. Après la triste conférence d’Évian, qui un an plus tôt, avait tourné le dos aux réfugiés juifs persécutés en Allemagne nazie, ce fut une bonne nouvelle.

À la fin de la guerre, Mieczyslaw Najdorf, qui avait changé son prénom en Miguel, fit des recherches pour retrouver des membres de sa famille et des amis proches restés en Pologne. Mais tous avaient disparu. De toute sa vie, il n’en revit aucun.

Parmi les joueuses et les joueurs qui ne revinrent pas en Europe figure Paulette Schwartzmann. Née dans l’Empire russe en 1894, elle fut naturalisée française en 1932. Chirurgienne-dentiste, elle vécut et exerça à Paris. Entre 1920 et 1930, elle remporta six fois le titre de championne de France féminin.

En 1939, elle représenta la France au championnat du monde féminin qui se disputait à Buenos Aires, et décida ne se fixer en Argentine. Paulette Schwartzmann décrocha quatre nouveaux titres féminins, cette fois au championnat d’Argentine. Elle mourut sur sa terre d’asile en 1953.


Paulette Schwartzman-Maud Flandin

Championnat de France féminin, Paris, 1935. Gambit dame

1.d4 d5 2.c4 Cf6 3.Cf3 e6 4.Cc3 c6 5.Fg5 Cbd7 6.e3 Fb4 7.a3 (plus courant est  : 7.cxd5 exd5 8.Fd3 0–0 9.0–0. Ou encore 7.Dc2) 7…Fxc3+ 8.bxc3 Da5 9.Db3 Ce4 10.Db4 Dxb4 (forcé) 11.cxb4 0–0 12.cxd5 exd5 13.Fd3 f5 (13…Cxg5 14.Cxg5 Cf6 15.Tb1 avec un petit plus pour les blancs) 14.Ff4 Cdf6 15.0–0 Ch5 16.Fe5 f4 ? ! (16…Fe6 était naturel) 17.Fxe4 ! dxe4 18.Cd2 (le pion e4 est faible) 18…fxe3 19.fxe3 Ff5 20.h3 Fg6 21.Tf2 Txf2 22.Rxf2 Tf8+ 23.Re2 Cf6

24.Fxf6 ! (une excellente chance pratique, à cause du pion en e4, le cavalier est supérieur au Fou) 24…gxf6 25.g4 h5 26.Tg1 h4 27.Re1 Rf7 28.Tf1 Rg7 29.Tf4ƒ Te8 30.Rf2 Te6 31.Cb3 b6 32.Cd2 Rh6 33.Rg2 Rg5 34.Rh2 Fh7 35.Rg2 (les blancs «  tricotent  » un peu pour arriver au 40e coup, le premier contrôle de temps) 35…Fg6 36.Cc4 Fh7 37.a4 Fg6 38.a5 c5 ? (mauvais mais après : 38…b5 39.Cd2 les noirs auraient beaucoup souffert) 39.dxc5 ! bxc5 40.b5 ! (les blancs vont avoir un pion passé sur la colonne b, le reste est affaire de technique) 40…Te7 41.b6 axb6 42.axb6 Tb7 43.Tf2 Tb8 (43…Ff7 ? ? 44.Cd6 Td7 45.b7+-) 44.Tb2 Fe8 45.Cd6 (45.b7 Fc6 46.Ca5 Fd5 47.Tb5 était plus précis) 45…Fc6 46.Cf7+ Rg6 47.Cd6 Rg5 48.Cc4 Rh6 49.Ca5 Fb7 50.Rf2 Fa6 51.b7 ! c4 52.Tb6 Fxb7 53.Txb7 Tc8 54.Tb1 c3 55.Tc1 Td8 56.Txc3 Td2+ 57.Re1 Th2 58.Tc4 Txh3 59.Txe4 Rg5 60.Te8 Rxg4 61.Cc4 Rg3 62.Cd2 Th1+ 63.Cf1+ ! (le plus fort, l’idée est d’enfermer la tour noire) 63…Rg4 64.Rf2 Th3 65.Rg2 Tg3+ 66.Cxg3 hxg3 67.Te4+ 1–0


Aux Olympiades de 1939, lors du match Pologne-Canada, Miguel Najdorf réalisa ce petit bijou positionnel.

Miguel Najdorf-Daniel Abraham Yanofsky

Olympiades (2e ronde), Buenos Aires, Argentine, 1939. Gambit dame.

1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Cf6 4.Fg5 Fe7 5.e3 0–0 6.Cf3 Cbd7 7.Dc2 c6 8.Td1 Te8 9.Fd3 dxc4 10.Fxc4 Cd5 11.Fxe7 Dxe7 12.0–0 C5f6 13.Fb3 h6  ? ! 14.Ce5  ! Cxe5 15.dxe5 Cd7 16.f4 Cc5 17.Ce4  ! Cxe4 18.Dxe4 Fd7 19.Td6 Ted8 20.Tfd1 Fe8 21.Fc2 (menace mat en deux coups) g6 22.Dd3 Txd6 23.exd6 Dd7 24.e4 c5 25.Dc3 b6 26.f5  ! (les Blancs percent et ouvrent l’aile roi avec cette poussée) 26…exf5 27.exf5 Rh7 28.Df6 Tb8 29.Te1 g5 30.Te7 Dc6 31.Dg6+  ! (le mat arrive en quelques coups) 1–0


Étude de F. Bondarenko, 1956

Les blancs jouent et gagnent.

Solution