Platines – Figure du baroque, comme un manche

,

Marin Marais (1656-1728) n’a pas laissé la même trace que Josquin Desprez. Élève de Sainte-Colombe, révélé au grand public deux siècles et demi plus tard par le film d’Alain Corneau, Tous les matins du monde, il suivit aussi l’enseignement de Jean-Baptiste Lully, à qui il dédia son premier livre de pièces de viole. Car si l’auteur d’Atys lui inspira quatre opéras, c’est bien dans l’art de la viole qu’il se fit un musicien – de cour – accompli, avec plus de 550 compositions.

Le quatrième livre (on en compte cinq au total) est peut-être celui qui présente la plus grande diversité, depuis la Suite d’un goût étranger, tout en finesse, en musicalité et en virtuosité, jusqu’au Labyrinthe, à La Foucade, La Rêveuse ou Le Badinage, traversés par une large palette d’émotions. De facture différente du violoncelle (six à sept cordes au lieu de quatre, présence de frettes sur le manche, qui se termine généralement par une tête de femme ou d’animal sculptée), la basse de viole se caractérise aussi par un son plus délicat, plus chatoyant soutenu ici par un continuo – harpe, guitare, théorbe, clavecin – aux petits soins.

Ulysse Long-Hun-Nam

  • De Marin Marais, François Joubert-Caillet, L’Achéron, Quatrième livre de pièces de viole, 4 CD, Ricercar, 35 euros.