Débats territoriaux – Congrès de l’Ugict, avant-premières

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17/06/2015 – LA DEFENSE – PARIS – FRANCE – A l initiative de l UGICT CGT journee de rencontre et de débat sur le parvis de La Defense sur le theme  » les ingenieurs cadres et techs organisent leur defense  » – Photo Nicolas MARQUES / KR Images Presse

Afin de préparer son congrès en impliquant, au-delà des délégués, les syndiqués et l’ensemble de la Cgt, l’Ugict a organisé une série de débats territoriaux. De quoi alimenter et enrichir la réflexion collective.

Dernière ligne droite ! Le 18e congrès de l’Ugict-Cgt, qui se tient à Perpignan du 20 au 23 mars, est préparé depuis des mois. Une première mise en forme du document d’orientation qui sera débattu au congrès est disponible depuis décembre, elle-même alimentée par des bilans, des échanges avec les syndicats et des consultations auprès des syndiqués ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise (Ictam). L’Ugict souhaitait également réinterroger la place de ces catégories au sein du salariat, leur évolution, leur rôle dans les organisations, en débattant avec l’ensemble des syndiqués et des organisations Cgt, car le développement d’une Ugict forte et représentative est un enjeu majeur pour toute la Cgt si elle veut être légitime et reconnue par les salariés de toutes les catégories.

C’est dans cet esprit que, durant les mois de février et mars, l’Ugict a organisé dans les régions une dizaine de « rencontres territoriales » préparatoires à son congrès. L’objectif était notamment de revenir sur les questions de déploiement, de syndicalisation Ictam, à partir d’une cartographie du territoire permettant des ciblages d’entreprises, de localités ou de bassins d’emploi à grandes concentrations d’Ictam, en lien avec les élections professionnelles, pour relever le défi de la représentativité. Il s’agissait aussi d’échanger avec les Ictam pour identifier leurs besoins, les aider à accroître leur engagement et à prendre toute leur place dans la Cgt, ce qui nécessite de « construire un plan de travail partagé de déploiement de la Cgt parmi les Ictam » et de renforcer un dispositif interprofessionnel spécifique dans les territoires (commissions départementales Ugict, collectifs Ictam, référents régionaux ou départementaux), en échangeant sur les attentes et les difficultés, mais aussi en mutualisant les expériences réussies de syndicalisation ou de luttes.

Pour rappel, le document d’orientation insiste sur la nécessité de « changer de braquet », sans se voiler la face, comme l’ont rappelé notamment les participants à la première réunion, le 12 février à Paris. La capitale et l’Île-de-France comptent une forte concentration d’Ictam (37 % des salariés), ce qui n’empêche pas les difficultés de déploiement des activités « spécifiques », pour des raisons diverses en fonction des milieux professionnels : manque de militants pour aller à la rencontre des salariés, réticences des militants Cgt à l’égard des Ict ou d’une organisation spécifique dans certaines fédérations, peur des Ict de s’investir dans le syndicalisme, mauvaise image de la Cgt parmi les salariés de l’encadrement, qui trouvent que c’est avant tout un syndicat d’opposition mais pas de proposition, etc.

Sur certains points, les problématiques semblent être les mêmes depuis des années. Pourtant, les militants Ugict restent déterminés et convaincus de la nécessité d’une organisation spécifique pour que chacun puisse s’exprimer et se mobiliser en partant de ses préoccupations même les plus personnelles, et que c’est même la condition pour amener les Ict à s’engager, car ces salariés aussi sont en demande d’action collective, à condition de défendre des positions auxquelles ils croient. De nombreux thèmes et situations professionnelles ont été évoqués. Comment aborder certains problèmes liés au management ou à la structure de la rémunération, à la révolution numérique et au droit à la déconnexion, aux forfaits jours et au temps de travail, qui ne se posent pas de la même façon pour tous les salariés ?

« Changer de braquet » pour que la Cgt représente tous les salariés

Pour les militants Ugict, il s’avère indispensable de s’organiser en collectifs spécifiques pour permettre l’expression de tous les besoins et de toutes les revendications, qui sinon risquent d’être étouffés dans des collectifs plus larges où les ingénieurs et cadres auront tendance à se censurer parce que leurs problèmes sont jugés mineurs par la majorité. Cela n’empêche pas les militants d’être tout aussi convaincus qu’il est possible de rassembler tous les salariés autour de solidarités plus larges et de la conception de la société défendue par la Cgt. Pour résumer, la diversité n’a jamais empêché la solidarité.

Les militants ont rappelé que dans les milieux où les Ict sont majoritaires, la Cgt ne peut être crédible si elle n’a pas, au sein de ces collectifs de travail, des pairs qui s’engagent avec la Cgt. Plusieurs intervenants ont souligné que, faute de représentation dans tous les collèges, la Cgt risquait désormais de s’affaiblir dans les scrutins professionnels et les instances représentatives : de premiers reculs ont déjà été constatés dans certaines entreprises… L’Ugict doit donc poursuivre son travail pour renforcer les droits et garanties professionnelles des Ictam, pour la reconnaissance de la qualification, l’égalité professionnelle, le droit d’expression et la démocratie à l’entreprise. La Cgt a besoin de tous les salariés pour défendre des réponses alternatives sur les enjeux démocratiques, sociaux, environnementaux et industriels économiques. Nul doute que le congrès de l’Ugict reviendra sur ces problématiques et portera haut et fort les ambitions du syndicalisme Cgt.

Valérie Géraud