Trente-deux heures  : un impact largement positif selon un test britannique

Pour les salariés, moins de stress et d’épuisement professionnel. Pour les entreprises, une augmentation de la productivité et une diminution de l’absentéisme. Expérimentées pendant six mois, les trente-deux heures sont appelées à se développer.

Édition 027 de mi-mars 2023 [Sommaire]

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Pendant six mois, 3000 salariés britanniques ont expérimenté la réduction du temps de travail @BELPRESS/MAXPPP

Après Eight Days a Week comme le chantaient Les Beatles en 1964, voici venu le temps de la four day week. L’initiative vient du Royaume-Uni, où une campagne du même nom vient de livrer ses résultats. Plus que d’une campagne d’ailleurs, il s’agit un programme pilote d’ampleur, mené par une organisation à but non lucratif fondée en Nouvelle-Zélande, Four Day Week Global, et par le groupe de réflexion Autonomy. De juin à décembre 2022, quelque 3 000 travailleurs issus de 61 entreprises ont testé soit la semaine de quatre jours, soit la semaine de cinq jours mais avec des heures de travail réduites. Dans les deux cas, rapporte l’Institut syndical européen, la durée hebdomadaire du travail devait s’élever en moyenne à trente-deux heures sur une année, sans perte de salaire. La conclusion est positive, avec des avantages qualifiés d’«  importants  » à tous points de vue.

Vers un «  grand moment de rupture  »  ?

Cette conclusion est d’autant plus significative que le test, basé sur une réduction effective du temps de travail, intervient dans un pays où les quarante-huit heures hebdomadaires sont la norme. Ce serait même, pour le Royaume-Uni, « un grand moment de rupture  », titre The Guardian en citant les propos du directeur de Four Day Week Global.

Le débat s’articule d’abord autour des « bienfaits » déclarés par les salariés : ils sont 39 % à se dire moins stressés, 40 % à mieux dormir et une majorité (54 %) affirme pouvoir mieux équilibrer vies professionnelle et familiale. Du côté des employeurs, encouragés notamment par une baisse de deux tiers des arrêts maladie pendant la période de test, le bilan est tout autant positif : à cette diminution de l’absentéisme s’ajoute une augmentation du chiffre d’affaires (+ 35 %) comme de la productivité. Au total, les entreprises ont attribué une note globale de 8,5/10 à l’expérimentation. Le bénéfice environnemental est également évoqué : les temps de trajet entre le domicile et le travail ont diminué d’une demi-heure par semaine en moyenne, pour chaque salarié de l’échantillon.

Des bénéfices accentués pour les femmes

Deux faits sont en outre particulièrement marquants. Le premier est observé par Juliet Shor, chercheuse du Boston College  : «  Les résultats sont stables sur des lieux de travail de différentes tailles, ce qui démontre que l’innovation fonctionne pour des organisations très variées  » qui vont des industries spécialisées en robotique aux entreprises de services, en passant par des sociétés à but non lucratif. Le second note une différence d’appréciation selon le genre  : «  Si les hommes comme les femmes bénéficient de la semaine de quatre jours, l’expérience des femmes est généralement meilleure. C’est le cas pour l’épuisement professionnel, le degré de satisfaction dans la vie et au travail, la santé mentale et la réduction du temps de trajet. Il est encourageant de constater que la charge des tâches non professionnelles semble s’équilibrer  », explique ainsi un autre chercheur, Dale Whelehan.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que 91  % des entreprises du test aient décidé de poursuivre l’expérimentation, voire de l’adopter définitivement, alors que 4  % seulement ont décidé d’en rester là. Ce n’est pas le cas de Four Day Week Global, qui annonce vouloir poursuivre ou mener d’autres tests dans plusieurs régions du monde  : Amérique du Nord, Brésil, Australie ou Afrique du Sud.

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