La Semaine de la pop philosophie, c’est toujours à Marseille

Un fort contingent d’intellectuels de tous ordres va plancher, du 17 au 22 octobre, sur le thème « Philosophie, rire et chansons », lors de la 14e édition de ce festival pas comme les autres.

Gilles Deleuze (1925-1995), qui fut un éblouissant penseur tous azimuts, affirmait que le philosophe est «  celui qui crée des concepts  ». Il ne s’en est pas privé. On lui doit, entre bien d’autres, celui de «  pop philosophie  ». Il la voyait comme un branchement électrique entre la pensée, telle qu’elle s’inscrit dans les livres, et les idées qui circulent dans l’air du temps. La pop culture n’est-elle pas devenue une matière à réflexion qui étoffe la vie intellectuelle  ? Et vice-versa.

Depuis treize ans, la Semaine de la philosophie, initiée et dirigée par Jacques Serrano, organise donc des échanges vifs sur des sujets originaux, autour desquels l’exigence intellectuelle doit aller de pair avec le plaisir. En 2019, par exemple, il s’agissait de l’esthétique associée au crime. En 2020, on se penchait sur la figure de circonstance du zombie. L’année dernière, il fut question de la connerie dans tous ses états, à partir d’un mot d’Einstein  : «  Deux chose sont infinies  : l’univers et la bêtise humaine.  »

Titre de chanson et question philosophique

Cette fois, dans un programme d’une extrême diversité, nous relevons, pour donner idée et envie, quelques projets d’interventions, parmi tant d’autres qui font également mouche. Tiens, le mercredi 17 octobre, au Théâtre national de la Criée, ce sera une conférence de Frédéric Worms, philosophe, directeur de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm  : «  Qu’est-ce qui distingue le titre d’une chanson d’une question philosophique  ?  »

Le 18, le musicologue Étienne Kippelen et la philosophe Elsa Novelli s’entretiendront, au Musée d’histoire de la ville de Marseille, de «  Colette Magny  : entre chanson engagée et avant-garde musicale  », tandis qu’à la Criée, avec deux magistrats, il s’agira de «  Rire et justice  ». Le 19, dans les réserves du Mucem, dont il est le conservateur en chef, Vincent Giovannoni parlera «  De quelques chansons ignobles  ». À la Bibliothèque départementale Gaston-Defferre, avec l’ethnologue Franck Médioni, ce sera «  L’humour juif, pour ne pas pleurer  ?  »

Rats rieurs et corbeaux joueurs

Les jours suivants ne seront pas en deçà. Citons, en vrac, le 21, au Musée d’histoire naturelle, par l’éthologue Michel Kreutzer, une conférence à propos «  des rats rieurs, des corbeaux joueurs et des chimpanzés facétieux. Quand les animaux s’amusent  ». Le musicologue Jacques Amblard évoquera ensuite «  le chant des oiseaux d’Olivier Messiaen  ». Un concert illustrera son propos. Nathalie Lanoë (piano) interprètera Le Loriot, d’Olivier Messiaen, puis la même et Claire Marzullo offriront Le Merle noir.

Le 22, on note, par la sinologue Anny Lazarus, experte en art chinois, une intervention sur «  Yue Minjun  : “le tigre hilare”  ». À 19 heures, au bar rock La Maison hantée, ce sera une soirée de concerts, «  Phyto blues  ». Le biologiste et réalisateur musicien Abdel Aouacheria traitera du «  sulfureux passé du blues  : entre contingence et contagion  »… Et ce n’est là qu’un mince aperçu d’une affiche qui promet de fortes réjouissances dans le domaine de la pensée.

Antoine Sarrazin