Soignants : pour ceux qui restent, mobilisation en urgence absolue

Pour le personnel, contrairement à ce que prétend le gouvernement, l’été ne s’est pas bien passé. © Photo PQR / Ouest France/ Maxppp
La mobilisation du 22 septembre ne sera pas unitaire malgré la dégradation persistante de notre système de santé.

« Nous avons des solutions, nous exigeons des actes. » C’est dans cet esprit que la fédération Cgt de la santé et son Ufmict (Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres, techniciens) appellent à la mobilisation du 22 septembre, qu’elles entendent décliner dans les établissements et les manifestations. Dès avant l’été, le syndicat exprimait ses craintes quant à un affaiblissement persistant des moyens et à la fuite des soignants, qui se sont notamment traduits par la « régulation médicale préalable » – pour ne pas dire « tri » – dans les services d’urgence saturés, voire fermés à certains moments.

La Cgt santé espérait une convergence des organisations et associations représentatives des personnels face à l’aggravation prévisible de la situation, en particulier à l’hôpital public. La Cfe-Cgc, le Printemps de la Psychiatrie, le Collectif inter-urgences y participeront, mais pas les trois syndicats signataires du Ségur (Fo, Cfdt, Unsa), qui n’en sont pourtant pas satisfaits, mais qui appellent à une journée d’action cinq jours plus tard, le 27 septembre.

Les soignants veulent témoigner. L’été ne s’est pas bien passé, leurs conditions de travail et d’accueil des patients, partout, continuent de se dégrader dangereusement. Ainsi au Chu de Toulouse, comme l’expliquent Julien Gavarret, infirmier à l’Oncopole, et Sylvain Béduz, manipulateur radio à Rangueil.

Il s’agit de rappeler que les mesures proposées par la « mission flash » du désormais ministre François Braun n’ont pas permis d’éviter le pire partout, et que si l’hôpital a tenu, c’est encore et toujours au prix du dévouement et de l’épuisement des soignants. D’autant plus que le manque de personnel a continué de justifier les fermetures de lits et de services.

Le déploiement à grande échelle du tri et de la sélection des personnes sollicitant les services d’urgence a culpabilisé les soignants comme les patients. Pour ces derniers, il a parfois empêché une prise en charge garantissant les meilleures chance d’être soignés vite et bien – voire compromis leurs chances de survie. Partout, les soignants font ce qu’ils peuvent, comme en atteste également Jocelyne Goùt, infirmière à l’hôpital psychiatrique de Cadillac (Gironde).

Très attachés au sens et à l’utilité sociale de leur travail, les soignants, partagés entre la colère, la fatigue et la peur d’un accident, n’en peuvent plus de ne pas pouvoir travailler comme ils devraient. Qui plus est, pour des salaires peu gratifiants et toujours pas attractifs aux yeux des jeunes, même si le gouvernement a ouvert, en cette rentrée, plus de places en instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) sans s’engager sur les revalorisations des métiers.

Pour la Cgt-Santé, la revalorisation de l’ensemble des salaires, la création de postes et l’amélioration des conditions d’entrée dans le milieu professionnel pour les jeunes, qui bénéficieront aux équipes dans leur ensemble, restent des revendications urgentes. Les psychologues, forts d’une plateforme revendicative commune, restent tout particulièrement engagés et prévoient d’être également visibles lors de la journée nationale d’action du 29.

Il s’agit de faire preuve d’ambition et d’anticipation pour ne pas courir à de nouvelles catastrophes. Les personnels des secteurs de la santé seront particulièrement vigilants durant les débats sur le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (Plfss), qui doit se tenir cet automne, mais n’espèrent pas grand-chose des propositions qui émaneront du Conseil national de la refondation (Cnr), d’ores et déjà perçu comme un nouvel exercice illusoire de démocratie directe, et auxquels peu de corps intermédiaires ont accepté de participer. Ce n’est pas par manque d’idées que la Cgt n’ira pas : le diagnostic est connu, les catastrophes prévisibles, reste à savoir si la volonté politique de défendre un service public de qualité sera au rendez-vous.

Valérie Géraud et Lennie Nicollet