Platines – Claude Debussy, de l’Orient à l’Occident

Avec un net tropisme asiatique, la pianiste franco-suisse met en regard des œuvres de Debussy et des pièces de sa composition. Inventif et sigulier.

Joanna Goodale a de la suite dans les idées. Il y a trois ans, elle confrontait la musique de Bach aux influences soufies. Cette fois, elle croise Debussy avec les sonorités de l’Asie  : gongs chinois, bols tibétains… L’entreprise n’a rien de délirant quand on connaît la fascination pour l’Orient de l’auteur des Arabesques. 

La pianiste franco-suisse d’origine anglo-turque a conçu ce nouvel album comme un miroir  : une pièce de sa composition en face d’une œuvre de Debussy (Rêverie, The Snow is dancing, Reflets dans l’eau, La Cathédrale engloutie, Clair de lune, Pagodes, Jardins sous la pluie, Et la lune descend su le temple qui fut). Comme lui, elle tente la fusion stylistique davantage qu’elle ne cherche à appliquer des signes extérieurs plus ou moins décoratifs. 

Comme lui, elle est une musicienne de l’imaginaire, tissant des suites de phrases comme autant de conversations avec le piano. La magie est là, opérant par une gamme infinie de nuances et de timbres, reposant sur l’équilibre harmonieux entre le dessin et la couleur, un art des demi-teintes libre de toute entrave, qui n’est pas sans rappeler Toru Takemitsu. 

Sensible à la crise du monde moderne, comme aurait dit René Guénon, Joanna Goodale a pensé son opus autour des éléments, l’eau et la terre, et le temple, celui de l’homme, pas celui des dieux. Une œuvre inventive et singulière, douce et pénétrante, qui semble contenir l’éternité d’une vie comme la fugacité d’un instant.

  • Joanna Goodale, Debussy in Resonance, 1 Cd Paraty, 15 euros.

Ulysse Long-Hun-Nam