Le Festival d’Avignon vient d’entamer sa 76e édition

Avant de passer la main à l’artiste portugais Tiago Rodrigues, Olivier Py, qui dirige depuis 2013 ce lieu mythique du théâtre, a choisi un programme résolument pluridisciplinaire, souvent en phase avec les grands problèmes de l’heure.

En transit, spectacle de l’Iranien Amir Reza Koohestani, présenté au gymnase du lycée Mistral. © Epoc Productions

C’est la saison des festivals, enfin purgés des contraintes sanitaires. À tout seigneur tout honneur, celui d’Avignon s’est ouvert le 7 juillet. Il se poursuivra jusqu’au 26. Olivier Py, pour qui «  le théâtre permet de recoudre les blessures du monde  », a fait appel à nombre d’artistes, français et étrangers, qui mêlent hardiment les formes par le geste et le verbe, tout en révélant souvent les préoccupations de la planète, à tous égards mal en point.

L’Iranien Amir Reza Koohstani, par exemple, dans le spectacle multilingue Transit, d’après un récit d’Anna Seghers (1900-1983), part de son expérience kafkaïenne de «  salle d’attente  » à l’aéroport de Munich, où l’on s’entasse en attente d’un visa. Dans la cour d’honneur, le cinéaste russe dissident Kirill Serebrennikov met en scène Le Moine noir de Tchekhov, tandis qu’Anne Théron, à l’opéra Grand Avignon, propose Iphigénie, de Tiago Rodrigues, qui revisite l’antique tragédie d’Euripide qui inspira Racine.

Olivier Py, non content de retrouver son personnage de travesti chantant de Miss Knife – qu’il mettra en jeu le 26 juillet à l’opéra d’Avignon en compagnie d’Angélique Kidjo et des femmes ukrainiennes du groupe Dark Daughters –, va créer, au gymnase du lycée Aubanel, sa dernière pièce, Ma jeunesse exaltée.

La danse, dans ses disciplines actuelles, n’aura pas la part maudite

Ce ne sont là que des bribes de l’affiche, infiniment copieuse et riche en propositions, au sein desquelles la danse, dans ses disciplines actuelles, n’aura pas la part maudite. Quant aux classiques, il y aura l’immuable Shakespeare, avec La Tempesta (en italien surtitré en français), dans une réalisation d’Alessandro Serra, ainsi que Richard II, mis en scène par Christophe Rauck.

On est curieux de savoir en quoi consistera le Septième jour, par le Chinois Meng Jinghui, où un homme mort va croiser les siens dans un autre monde, tout comme on attend beaucoup de la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo, née à Soweto. Dans Sacrifice, elle confronte sa danse d’origine au Sacre du printemps de Stravinsky.

L’enfance n’est pas oubliée. Igor Mendjisky a réinterprété le conte des frères Grimm, Hansel et Gretel, qu’il a conçu comme «  une fabrique à émerveillement  ». Le collectif Das Plateau repasse, lui, par Le Petit chaperon rouge – d’après les frères Grimm, et non de Charles Perrault – en invitant le public à s’immerger dans un univers d’images projetées, de miroirs et de kaléidoscopes.

Anaïs Nin au miroir, d’Agnès Desarthe, mise en scène d’Élise Vigier, au théâtre Benoît-XII. © Epoc Productions

«  Toujours le lieu de la jeunesse, de la parole et de ce qui vient  »

La tête vous tourne à la lecture de tant de propositions stimulantes et inattendues. Comment la Suédoise Sofia Adrian Jupither – un beau nom, ma foi – a-t-elle mis en scène la pièce de son compatriote Lars Norén, Solitaire (en suédois surtitré)  ? Et qu’en sera-t-il de Flesh, spectacle dû aux Bruxellois Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, dont on nous dit que «  le théâtre non verbal, au burlesque grinçant, nous entraîne dans une bascule de l’hyperréalisme à un onirisme sans retenue  »  ?

Autant de questions en passe d’être abordées, sinon résolues, au cours d’un Festival d’Avignon dans toute la ville et alentour, dont Olivier Py souhaite, en exergue, «  qu’il soit toujours le lieu de la jeunesse, de la parole et de ce qui vient  » Avec, en prime, l’effervescence sempiternellement inouïe, du Off.

Antoine Sarrazin