Échecs – Tricheurs : l’affaire Feller-Hauchard

« Si tu ne triches pas, c’est que tu n’essayes pas vraiment. » Proverbe d’un tricheur.

Par Éric Birmingham

L’affaire de la plus grande triche échiquéenne jamais révélée démarre comme dans un film. Et, comme dans un film, c’est un petit grain de sable qui va enrayer la machine.

Ce jour de l’année 2010, à Khanty-Mansiïsk, en Russie, se déroule une importante compétition internationale : les Olympiades d’échecs. Les quatre échiquiers de l’équipe de France sont en action. Au même moment, en France, Cyril Marzolo va prendre un café chez son amie Joanna Pomian, vice-présidente de la Fédération française des échecs (Ffe). Cyril s’absente un instant.

Il a laissé sur la table son téléphone portable qui émet soudain un petit bip. Johanna a alors un réflexe naturel, son œil est attiré vers l’objet et elle voit s’afficher sur l’écran : « Alors magne-toi, on attend les coups. » Elle reconnaît immédiatement le numéro de portable qui s’affiche, elle le connaît par cœur. C’est celui de Sébastien Feller, qui représente la France en Russie. Elle a compris… Cyril suit les parties en direct sur Internet et il analyse la partie de Feller avec un ordinateur.

Ainsi, à trois rondes de la fin des Olympiades, Joanna Pomian découvre la triche. Même si elle est une proche amie de Marzolo, elle est évidemment obligée d’alerter ses collègues de la Ffe.
Sur place, en Russie, le grand maître Pavel Tregoubov, cadre et entraîneur de la Ffe, ainsi que Jean-Claude Moingt, président de la Ffe, vont essayer de prendre deux des trois tricheurs en flagrant délit. Ils ont parfaitement saisi comment la triche s’opère, mais ils ne comprennent pas comment les coups sont transmis à Sébastien Feller. Lors de la dernière ronde, ils observent Arnaud Hauchard (le capitaine de l’équipe de France) et Sébastien Feller. Ils constatent seulement qu’Hauchard consulte souvent son portable.

Juste après la dernière ronde, Jean-Claude Moingt tente un bluff : « On sait que vous trichez, on a les preuves, nous avons vu les Sms… » Dans un premier temps, Feller et Hauchard nient en bloc. Excédé, Moingt leur passe le directeur de la Ffe au téléphone. Laurent Vérat est au siège de la fédération dans les Yvelines et après une longue discussion avec les deux hommes, il leur fait reconnaître les faits.

Le premier souci de la Ffe est de maintenir cette information secrète, car ses dirigeants craignent que des Français se retrouvent en prison en Russie. En effet, grâce à ses résultats, Feller est médaille d’or au 4e échiquier. Si la triche est avérée, il a complètement faussé les Olympiades, et les Russes risquent de très mal le prendre. De retour en France, l’affaire finira devant les tribunaux.

Le sport, hélas, est à l’image de la vie réelle. Dans le football, avant Thierry Henry, il y en a eu bien d’autres. Notamment Maradona et « sa main de Dieu », comme si le « Très Haut » pouvait se rendre complice d’un acte immoral !

Pourquoi dans les échecs, n’y aurait-il pas aussi des tricheurs, comme il y a dans la vie des fraudeurs, des voleurs, des évadés fiscaux, des maîtres chanteurs, des escrocs de toutes sortes… ?


Sébastien Feller (2649)-Robert Markus (2624)

Khanty-Mansiïsk, Olympiades (4e ronde), Russie, 2010. Défense est-indienne.

1.d4 Cf6 2.c4 g6 3.Cc3 Fg7 4.e4 d6 5.Fd3 0–0 6.Cge2 c6 7.0–0 a6 8.Fg5 b5 9.f4 bxc4 10.Fxc4 Cxe4 11.Cxe4 d5 12.Fd3 dxe4 13.Fxe4 Fg4 14.f5 Ta7 15.Rh1 Td7 16.Dc2 Fxe2 17.Dxe2 Txd4 18.Fc2 Ff6 19.Fh6 Fg7 20.Fe3 Td6 21.Fb3 Cd7 22.Tae1 c5 23.h3 Ce5 24.Fxc5 Td2 (l’idée des Noirs, se venger sur le pion b2.) 25.Dxa6 Txb2 26.Td1 Da8 27.Dxa8 Txa8 28.Fxe7 gxf5 29.Txf5 Rh8 30.Te1 Cd3 31.Tef1 Ce5 32.Te1 Cd3 33.Te3 Cc1 34.Fxf7 Cxa2 35.Tg3 Cc3 36.Rh2 Ce4 37.Tg4 Cf2 ? 38.Txg7 ! (les Noirs abandonnent avant : 38…Rxg7 39.Ff6+ Rxf7 40.Fxb2+ Rg6 41.Txf2+–) 1–0


David Howell (2616)-Sébastien Feller (2649)

Défense française.

1.e4 e6 2.d4 d5 3. Cd2 Cf6 4.e5 Cfd7 5. Fd3 c5 6.c3 Cc6 7. Ce2 cxd4 8.cxd4 Db6 9. Cf3 f6 10.exf6 1.e4 e6 2.d4 d5 3.Cd2 Cf6 4.e5 Cfd7 5.Fd3 c5 6.c3 Cc6 7.Ce2 cxd4 8.cxd4 Db6 9.Cf3 f6 10.exf6 Cxf6 11.0–0 Fd6 12.b3 (12.a3 0–0 13.Cc3 est la grande suite théorique.) 12…0–0 13.Fb2 Fd7 14.Cc3 Tac8 15.Ca4 Da5 16.Ce5 Cb4 17.Fb1 Fxa4 18.bxa4 Dc7 19.a3 Cc2 ! 20.Ta2 Fxe5 21.dxe5 Ce4 22.Fc1 
(voir diagramme)

22…Cxf2 ! ! (un coup terrible, la diagonale g1–a7 s’ouvre, le Roi blanc est exposé et le Fou b1 n’est pas protégé.) 23.Dxc2 (23.Txf2 ? Txf2 24.Rxf2 Db6+–+) 23…Ch3+ ! 24.gxh3 (forcé) 24…Db6+ 25.Rg2 Txc2+ 26.Fxc2 Txf1 27.Rxf1 Dc7 28.Tb2 d4 29.Re2 Dxe5+ 30.Rd1 Dh5+ 31.Rd2 Dg5+ 32.Rd1 Dg1+ 33.Rd2 Dxh2+ 34.Rd3 Dg1 35.Tb1 Dg6+ 36.Rd2 Dg2+ 37.Rd3 Dg6+ 38.Rd2 Dg2+ 39.Rd3 e5 40.Tb2 Df1+ 41.Rd2 Df2+ 42.Rd3 Df3+ 43.Rd2 e4 44.Fb3+ Rf8 45.Re1 Dh1+ 46.Rd2 Dg2+ 47.Re1 Dg1+ 48.Rd2 Df2+ (Howell abandonne avant : 49.Rd1 Df1+ 50.Rd2 e3+ 51.Rc2 d3+ 52.Rc3 (si  : 52.Rb1 e2–+) 52…Dxc1+–+ 0–1


Étude de I. Bondar, 1982

Les blancs jouent et gagnent.

La solution