Avignon  : des preuves qu’on peut dessiner sans crayon

Au Grenier à sel, les œuvres de onze artistes mettent en lumière la profusion et la diversité du trait à l’ère du numérique.
Stéphane LALLEMAND, Baigneuses, 1992. Série des Télécrans. Collection Frac Picardie, Hauts-de- France, Amiens © André Morin

Depuis quelques années, l’art du dessin au trait connaît un élan neuf en se déployant sous des formes inédites. La main s’efface, peut-on dire. C’est ce qu’illustre, preuves à l’appui, l’exposition «  La mécanique du trait  », que présente le Grenier à sel, un lieu où l’on se fait une loi de l’innovation dans l’art. On a donc à voir des œuvres de onze artistes d’horizons variés, que leurs pratiques respectives du dessin éloignent des supports habituels.

Ils élargissent les manières de penser et d’engendrer le dessin, soit par l’utilisation des technologies digitales, par le recours à des machines ou à des programmes informatiques, par le détournement des codes graphiques, ou encore en s’inspirant des cultures populaires et scientifiques.

Par le biais d’une vingtaine d’œuvres d’artistes contemporains (Bastien Faudon, Catharina Van Eetvelde, Tina & Charly, Stéphane Lallemand, Marin Martinie, Adrien M. & Claire B., Yannick Jacquet, Fred Penelle, Oscar Munoz, Christophe Monchalin et Dominique Castell) ainsi que de brillants précurseurs, tels Jean Tinguely (1925-1991) et Véra Molnar (née en 1924), on peut mesurer l’étonnante multiplicité des moyens employés.

Chacun donne à voir sa singulière et vibrante conception du monde 

Les dessins exposés font fi des formats traditionnels, glissent en somme de la main à l’écran et vice-versa, provoquant l’imaginaire du visiteur. Cela peut aller de la fresque murale augmentée au dessin génératif ou d’animation, de projections en tracés automatiques interactifs, algorithmiques, ou relevant de la réalité virtuelle. Dans ce dialogue entre tous, chacun a l’opportunité de donner à voir et à apprécier sa singulière et vibrante conception du monde. 

Bastien Faudon, par exemple, natif d’Avignon, s’emploie à des impressions sur plastique thermoformé, soit un dessin sur une surface plane, qu’il soumet ensuite à une déformation par la chaleur. Tina & Charly s’inspirent de leur rencontre avec des peuples indigènes et des chercheurs en intelligence artificielle.

Marin Martinie, lui, s’attache à la relation créatrice entre images fixes (tableaux, estampes, signes) et images animées, entre la page imprimée, l’interface numérique et l’écran de cinéma, tandis que le Colombien Oscar Munoz invente des images délicates et poétiques, souvent éphémères, à partir de matériaux insolites (impression sur plastique mouillé, usage de sucre, de café, du souffle humain, de poussière ou de feu).

Oscar MUNOZ, Re / trato, 2003. Projection vidéo, 28’ boucle. Courtesy Galerie Mor Charpentier, Paris © Tatiana Jimenez

On ne peut tout dire ici de cette conjuration de talents originaux. Il faut néanmoins révéler qu’au cours de l’exposition sont présentés des extraits du magistral film documentaire Le Mystère Picasso, tourné en 1956 par Henri-Georges Clouzot. On y voit l’artiste de génie en train de peindre sur un papier, spécialement choisi pour l’occasion, ce qui permet d’assister au dessin en train de se faire, sans que pour autant apparaisse la main.

En quelques traits, sous nos yeux, un poisson peut se métamorphoser en une poule rebondie, avant de se muer en diablotin malicieux… «  Pour savoir ce qu’il se passe dans la tête d’un artiste, disait alors Clouzot, il suffit de suivre sa main.  »

Stéphane Harcourt

Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30. Entrée libre et gratuite.

Le Grenier à sel
2 rue Rempart Saint-Lazare à Avignon

04 32 74 05 31 – accueil@legrenierasel-avignon.fr