Quand Picasso était sous surveillance policière

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Fiché dès son arrivée en France comme « anarchiste », l’artiste révolutionnaire, qui ne cessa d’y vivre et travailler, resta longtemps officiellement suspect. Les preuves en sont fournies au Musée national de l’histoire de l’immigration.

Annie Cohen Solal recevait, en novembre dernier, le prix Femina de l’essai, pour son ouvrage Un étranger nommé Picasso (Fayard éditeur). C’est donc en toute logique qu’elle est la commissaire de l’exposition « Picasso l’étranger », laquelle se tient au Palais de la Porte Dorée, qui abrite désormais le Musée national de l’immigration, dirigé par l’historien Pap NDiaye. Cette institution, décrétée en 2004 par Jacques Chirac, inaugurée sept ans plus tard par François Hollande, est logée dans l’architecture art-déco de l’ancien musée des colonies, érigé en 1931.

La visite, riche en œuvres de toutes les périodes du maître (prêtées notamment par le musée Picasso-Paris) est passionnante, dans la mesure où est révélée, preuves et documents à l’appui, la méfiance officielle qui accompagna cet exilé, pauvre au début, de luxe ensuite, qui put organiser, assez vite – grâce à l’amitié de poètes, Apollinaire, Max Jacob, de collectionneurs, de mécènes et de marchands, Leo et Gertrude Stein ou Daniel Henri Khanweiler entre autres, puis Michel Leiris, Cocteau, Breton, Aragon, etc. – une subtile stratégie de résidence dans un pays qui tarda à lui ouvrir les bras. C’est que, dit Annie Cohen-Solal, « l’étranger Picasso resta longtemps l’archétype de la menace : riche, célèbre, indéchiffrable, incontrôlable, cosmopolite ».

Dès 1900, la police le fiche comme « anarchiste ». En 1911, les Etats-Unis s’intéressent déjà à lui, mais il devra attendre 1932 pour une rétrospective de son œuvre aux galeries Georges Petit à Paris. En 1940, il demande par lettre (on la voit en vitrine), la nationalité française. Elle lui est refusée. C’était quatre ans après Guernica, dans une France désespérément xénophobe où le mot d’ordre est « La France aux français ».

Après la guerre, Picasso, dans toute sa gloire, adhère au Parti communiste. Tournant le dos à Paris, il se réfugie dans le midi, y occupant des demeures en divers lieux où il poursuit sa quête admirable, en réinventant au passage, par exemple, la céramique, au contact des artisans de Vallauris.

Picasso l’étranger
jusqu’au 13 février 2022, Palais de la Porte dorée, Musée national de l’histoire de l’immigration, 293 avenue Daumesnil, 75012 Paris.
Contact tél. : 01 53 59 58 60, info@palais-portedoree.fr — Achat de billets obligatoire sur www.palais-portedoree.fr
Catalogue : 288 pages, 300 illustrations, 37 euros.

Stéphane Harcourt