Penser la transition écologique et numérique

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Un stand de l’association Alternatiba à Paris, en septembre 2015. Photo : Bruno Lévesque/Ip3/Maxppp
Le syndicalisme doit affronter les défis technologiques et environnementaux mais, selon l’Etui, il ne peut le faire seul. Invitation au débat.

Changement climatique et digitalisation de l’économie peuvent-ils être abordés séparément ? Non, selon une note de l’Institut syndical européen (Etui). Son auteur, Philippe Pochet, directeur général de l’organisation et professeur à l’Université catholique de Louvain, explique : « Si l’avenir peut toujours être façonné, il faut pour cela pouvoir le penser. » Or, « le cloisonnement des analyses de la transition climatique et de la digitalisation n’y aide pas ».

Bien sûr, combiner ces deux thèmes à propos desquels trop d’hypothèses se bousculent n’est pas simple. Et cela l’est d’autant moins, convient le chercheur, que chacun d’eux comporte deux versions dans lesquelles les changements sont, ici, perçus comme le résultat d’une évolution radicale, là comme le résultat d’une révolution impliquant un changement de paradigme.

« Hiérarchiser les récits » en mettant l’écologie au premier plan

Mais rien n’est impossible. Pour avancer, assure-t-il, il faut « hiérarchiser les récits ». En l’occurrence, « en plaçant la transition écologique à la première place ». La proposition peut surprendre. La raison de ce choix est limpide, assure Philippe Pochet. La révolution technologique n’est qu’une parmi d’autres : « la troisième, quatrième ou cinquième révolution technologique du capitalisme ».

Pour l’affronter les acteurs sociaux disposent d’outils et d’expérience. La transition écologique n’est pas seulement un défi inédit que la planète doit relever : « si elle n’est pas réalisée, nous ne pourrons pas revenir en arrière ». Ensuite ? Ensuite, tout commence. Et en priorité, une réflexion sur la façon dont le syndicalisme peut tenir sa place et avancer dans le débat pour prémunir les sociétés contre ce « capitalisme prédateur » qui se fait jour.

Pour de larges alliances sur quelques points stratégiques

En la matière, le directeur de l’Etui est formel : pour qu’il puisse y tenir toute sa place, le syndicalisme doit tisser de larges alliances, non sur un « long programme revendicatif extrêmement détaillé » mais plutôt sur « quelques points stratégiques susceptibles d’emporter progressivement l’adhésion la plus large possible ».

Syndicats, mouvements sociaux, Ong, et sans doute aussi organisations de consommateurs, dirigeants de Pme et indépendants doivent ainsi pouvoir apprendre à travailler ensemble pour faire de la transition énergétique et de la lutte contre les inégalités et les exclusions un seul et même combat. « Rassembler nos forces et les articuler de manière cohérente, constante mais flexible dans une perspective de long terme : tel pourrait être le nouveau mot d’ordre pour faire face aux défis qui se posent à nous pour les 20 ou 30 prochaines années », défend-il.

Martine Hassoun